Monthly Archives: avril 2013

Un menu radial inspiré des jeux de tir

Résumé : Plein de mots arides sur les modes en IHM, puis une modeste propo­si­tion d’in­te­rac­tion pour écran tactile.

Rappels sur les modes

En IHM, un mode est un para­mètre qui permet de produire diffé­rents résul­tats avec le même input, selon que ce mode soit activé ou non. C’est en fait très simple : par exemple enclen­cher la touche Caps Lock fait basculer les autres touches en mode « lettre capi­tale ».

On consi­dère clas­si­que­ment que c’est une tech­nique utile mais à manier avec précau­tion. C’est pratique pour augmenter l’éven­tail des possi­bi­lités. Les touches Shift et Caps Lock permettent de doubler le nombre de carac­tères que l’on peut entrer, alors que les premières machines à écrire avaient un clavier dédoublé ou devaient se contenter d’une seule casse. Le problème est que cela risque d’égarer l’uti­li­sa­teur. Vous vous souvenez sans doute de l’iné­nar­rable mode « refrappe » : on pouvait l’ac­tiver avec la touche Insert et ce n’était signalé que par un minus­cule RFP en bas de la fenêtre de Microsoft Word. Il était facile d’en­trer dans ce mode sans le vouloir mais nette­ment plus diffi­cile d’en sortir, quand on ne connais­sait pas le truc.

Jeux vidéo et quasi-modes

Si on veut avoir le beurre et l’argent du beurre, Jeff Raskin recom­mande l’uti­li­sa­tion de ce qu’il appelle des quasi-modes, c’est-à-dire des modes qui demandent une inter­ven­tion constante de la part de l’utilisateur. Citons le cas du péda­lier d’un piano ou la touche Shift d’un clavier : elle n’a pas d’effet si elle n’est pas pressée. Cela demande plus de coor­di­na­tion motrice, mais en contre­partie les deux actions (ici, shift + lettres) sont liées et conco­mi­tantes. L’utilisateur a ainsi plus de contrôle sur le système et cela diminue les risques de rester dans un mode sans s’en rendre compte.

Dishonored
Dishonored (ZeniMax / Arkane Studios, 2012)

Certains jeux vidéo croisent cette idée avec celle des menus radiaux (cf. la capture d’écran supra). Si on veut par exemple changer d’arme, on main­tient une touche (souvent la molette de la souris) pour faire appa­raitre un cercle d’items. Diriger la souris dans la direc­tion d’un item permet de le sélec­tionner. C’est une très bonne idée qui fait inter­venir plusieurs concepts :

  • La mémoire muscu­laire (ou appren­tis­sage moteur). Au début, il faut apprendre à situer et recon­naitre le picto­gramme de l’item souhaité, mais avec l’habitude tout ce qu’il y a savoir, c’est un mouve­ment de la main selon un certain angle.
  • La loi de Fitts, selon laquelle le temps mis par l’uti­li­sa­teur pour atteindre une cible dépend de sa taille et de son éloi­gne­ment (je sché­ma­tise). Ici la distance est infime (il faut à peine bouger la souris) et la taille angu­laire est grande (plus ou moins, selon le nombre d’items).
  • Le quasi-mode. Ici, le fait de devoir main­tenir la touche est une force plutôt qu’un pis-aller, car ce genre de menu sert d’accès rapide. Il est utilisé souvent et briè­ve­ment. Ce ne serait pas adapté pour l’in­ven­taire d’un jeu de rôle, dans lequel on s’at­tarde plus.

Le design d’in­ter­faces pour­rait s’ins­pirer de cette idée. Cela fait long­temps que les menus radiaux sont utilisés ici et là, mais ce n’est pas toujours convain­cant. Dernièrement, on peut citer l’ex­cel­lente appli­ca­tion OneNote sur la Surface de Microsoft, ou bien les widgets s’ins­pi­rant de Path – lesquels qui brillent surtout par leur anima­tion.

Je trouve l’idée parti­cu­liè­re­ment adaptée aux écrans tactiles, donc j’ai en tête un modèle d’in­te­rac­tion de ce genre : presser deux doigts pour faire appa­raitre un menu, puis les faire glisser vers l’item désiré. Décoller les doigts de l’écran suffit à sélec­tionner ce dernier. L’interaction conjugue la faci­lité des gestes tactiles et l’im­mé­dia­teté du feed­back visuel. Le résultat est fluide puisque les doigts ne quittent pas l’écran. Dans l’ani­ma­tion ci-après (oui c’est juste un Gif pourri), le menu appa­rait vers le haut pour ne pas être caché par la main. L’exemple est assez limité (partager un article vers divers services), mais au-delà ce genre d’in­te­rac­tion me semble promet­teur.

2x\_Press\_Hold
Cliquer sur l’ani­ma­tion pour l’ar­rêter.

Cela pour­rait être utilisé soit comme menu contex­tuel, soit comme menu global (ie qui permet­trait d’ac­céder aux même actions quelque soit l’en­droit où j’ap­puie). Le premier cas serait utile avec beau­coup de cibles poten­tielles distinctes (par exemple une page pleine de liens), tandis que le second serait plus avan­ta­geux avec des actions répé­ti­tives (par exemple accéder à une palette d’ou­tils dans une appli­ca­tion de dessin). Je suis preneur d’avis et de critiques. L’utilisabilité aussi bien que l’uti­lité de cette propo­si­tion sont certai­ne­ment criti­quables et j’ai pu passer à coté de travaux semblables.

Quand le mépris se déguise en empathie

Il est louable de se mettre à la place des gens et de comprendre qu’ils utilisent leurs outils quoti­diens de manière prag­ma­tique. Cela parait évident et c’est le point de départ de la concep­tion centrée sur l’utilisateur. C’est grâce à ça qu’on conçoit des inter­faces simples, sans jargon ni option inutile. Pourtant cette impor­tance de l’empathie est souvent cari­ca­turée et trans­formée en dédain.

« Les gens normaux se moquent de telle ou telle chose » : cette tour­nure est trop souvent utilisée à propos de tout et n’im­porte quoi. C’est un moyen trop facile pour repro­cher à son inter­lo­cu­teur d’être coupé des réalités et d’ac­corder de l’im­por­tance à ce qui n’en a pas aux yeux de ceux qui comptent, les utili­sa­teurs finaux. « Les utili­sa­teurs lambda se fichent de RSS, de HTTP ou de tel détail tech­nique », « le grand public se moque de la neutra­lité du net ou de la protec­tion de la vie privée », « madame Michu ne veut pas savoir quel OS tourne sur son télé­phone ». En raison­nant ainsi, on fabrique de toute pièce la fiction pares­seuse d’un utili­sa­teur forcé­ment négligent et inculte. Certes, la plupart des gens ont une utili­sa­tion super­fi­cielle de la plupart des services et produits qu’ils utilisent. Le plus souvent, ils se moquent du soubas­se­ment tech­nique et des enjeux socio-politico-économiques qu’il peut y avoir derrière. Mais voir tout au prisme d’une échelle unique « noob absolu — nerd ultime » est extrê­me­ment réduc­teur.

Je peux être très au fait des ordi­na­teurs clas­siques mais largué par les smart­phones, ou l’inverse. Je peux avoir fait des méfaits de la publi­cité un cheval de bataille personnel tout en me contre­fi­chant de, mettons, les condi­tions de travail des ouvriers chinois. Je peux avoir quinze ans, n’utiliser mon télé­phone que pour texter et être malgré tout assez calé en hard­ware, à force de comparer avec les copains les specs des modèles à la mode. Il y a plein de raisons qui font qu’on s’intéresse à quelque chose. Les gens sont compli­qués.

Et les gens changent. Si une fonc­tion­na­lité dont dépend madame Michu existe sur iOS et pas sur Android, elle aura plus faci­le­ment tendance à se rappeler de la diffé­rence. La plupart des gens font peu atten­tion au partage des infor­ma­tions person­nelles, jusqu’au jour où, sur Facebook, une photo deviendra visible par la mauvaise personne. Des problèmes abstraits peuvent vite devenir moins loin­tains si on montre aux gens l’influence que cela peut avoir sur leur vie.

Observatoire des utilisabilités : le texte tronqué

C’est agaçant quand une inter­face à base de tableaux ou de grille tronque les libellés, les rendant incom­pré­hen­sibles. Dans les exemples suivants (respec­ti­ve­ment Vimeo et l’iTunes Store), beau­coup d’im­por­tance est accordée aux images alors qu’elles ne sont guère infor­ma­tives. La grille est telle­ment contrai­gnante que les liens sont faci­le­ment trop longs et se retrouvent large­ment tron­qués. Il faut donc passer la souris sur chacun d’entre eux pour avoir une info­bulle et comprendre de quoi parlent les confé­rences. Non mais fran­che­ment.

Usability fail : Vimeo
Usability fail : Vimeo

Usability fail : iTunes
Usability fail : iTunes

Pour moi tous mes amis sont beaux – À propos de Facebook Home

Facebook a dévoilé Home, une surcouche pour télé­phones Android. Fast Company a un bon résumé des concepts à l’œuvre derrière le design.

Une des fonc­tion­na­lités majeures est « Cover Feed », à savoir la trans­for­ma­tion de l’écran de verrouillage en diapo­rama montrant les nouveaux statuts de ses contacts. J’ai lu beau­coup de réac­tions du genre « ces photo­gra­phies en plein écran, c’est joli en pub, mais qu’est-ce qu’on fait si on a des amis moches ou mauvais photo­graphes ? » (ici par exemple). Cette propo­si­tion de rede­sign pour Facebook avait essuyé les même critiques : c’est joli en théorie, avec des manne­quins et des paysages gran­dioses, mais ce serait moins rose dans la vraie vie.

Il y a derrière cette critique une incom­pré­hen­sion de ce qui fait l’attrait des réseaux sociaux. On ne peut pas juger « la vraie vie » selon les critères esthé­tiques d’une publi­cité, parce que cette vie, c’est la mienne. Les photos que je vois passer dans mon fil Facebook sont toutes liées à mes contacts : ils appa­raissent dessus ou ils étaient derrière la caméra. Au minimum ils les ont assez aimés pour les partager. Si je vois passer des dizaines de photos stupides de semi-inconnus, c’est un autre problème et c’est moi que ça regarde.

Je ne dis pas que ce nouveau service de Facebook est une idée géniale, ni que j’ai envie de voir l’écran de verrouillage de mon télé­phone se remplir d’images de 9Gag ou de photos de soirée sans filtre anti-yeux rouges (argh !). La chose impor­tante, c’est que ces images sont signi­fiantes pour moi. Le reste est une ques­tion de para­mé­trage : j’imagine qu’il y aura un minimum d’options de filtrage, comme actuel­le­ment sur Facebook.com.

Il y a évidem­ment une ques­tion de degré : on peut accepter un flot de contenu de qualité variable, tant que ça reste sur Facebook et pour­tant refuser l’idée que ça enva­hisse tout votre télé­phone. Mais chacun son truc. Il y a bien des manières d’être social et de le montrer. Si vous n’êtes pas du genre à chatter toute la journée ou à mettre des photo­gra­phies de votre entou­rage en écono­mi­seur d’écran, vous n’êtes sans doute pas la cible de Home.


Message d’in­térêt général

Je suis passé de Tumblr à WordPress. Je vous prie de m’ex­cuser pour tout désa­gré­ment, bombar­de­ment dans vos RSS et manque de fini­tion du site.