Les Furtifs d’Alain Damasio : plus de la même chose

Alors que j’avais dévoré La Horde du contrevent, le nouveau roman d’Alain Damasio m’est tombé des mains. Voici une tenta­tive de critique.

Les connais­seurs de son œuvre seront en terrain connu. De la Horde, on retrouve les théma­tiques, la narra­tion poly­pho­nique autour d’une équipe mili­taire et les jeux sur le langage. Il y a aussi des aspects déjà présents dans La Zone du dehors : l’exploration des sociétés de contrôle, la surveillance, la servi­tude volon­taire et l’horizontalité.

Vous allez me dire qu’il creuse et fait foisonner ses obses­sions. Je trouve surtout qu’il se répète et se cari­ca­ture lui-même.

Couverture des Furtifs

Une fan fiction des mouvements libertaires

Il y a quand même du neuf. Notamment, on passe d’un univers inventé à « notre » univers, ce qui permet des réso­nances avec le présent (Orange racheté par Orange !). La descrip­tion des effets croisés de la priva­ti­sa­tion et de la stra­ti­fi­ca­tion sociale est inté­res­sante : on a affaire à des groupes qui se côtoient, pas à des castes imper­méables. On évite le cliché SF de la litté­ra­lité où les pauvres sont en bas et les riches en haut. Il peut arriver qu’ils se côtoient dans une rue mais se séparent la rue suivante, celle-ci étant réservée aux déten­teurs d’un certain statut. Ce dernier n’est pas assigné à la nais­sance : rien n’empêche le pauvre d’acheter un pass tempo­raire, s’il le peut.

Mais à part ça niveau pros­pec­tive, c’est un peu court. Megacorps, hackers, marchan­di­sa­tion de tout… c’est du clas­sique. Pas d’ex­plo­ra­tion des rapports de classe (les gens « Premium » ne forment qu’un arrière-plan imper­sonnel), de race ou de genre (à part place quelques “iel” ici et là), alors que ça aurait pu être perti­nent vu le thème du brouillage des iden­tités.

Rien sur le dérè­gle­ment clima­tique. Sérieusement, une des deux seules occur­rences de « clima­tique » c’est pour dire « cool il fait beau en avril ». C’est un peu con de faire un roman anti-spéciste mais pas du tout envi­ron­ne­men­ta­liste.

recherche de "climatique" dans le texte
recherche de « clima­tique » dans le texte

Damasio est moins inté­ressé par décrire la société de demain que par ses à‑cotés. Résultat, le roman me semble déséqui­libré, comme si les descrip­tions du premier tiers servaient unique­ment de prélude et de décor aux luttes de la suite.

Il est plus inventif pour décrire ces nouvelles formes d’ac­ti­visme : occu­pa­tion des toits et des vides entre, brigades aériennes, brico­lages fous, tagueurs dépas­sant la distinc­tion beau/utile… Mais ces pratiques sont souvent expo­sées sous la forme de pavés de texte et peu évoquées ensuite. Ça ressemble plus à un cata­logue qu’à un univers cohé­rent où tout s’en­tre­croise. Damasio ne fait pas mystère de ses affi­nités poli­tiques et de ses visites à la ZAD de NDDL, mais ce qu’il en tire me donne l’impression d’une fan fiction des mouve­ments liber­taires, certes sincère et géné­reuse. (J’ai rien contre les fan fiction assu­mées hein.)

L’humanité découvre une nouvelle forme de vie et paf ça fait le Grand soir

Ajoutons que l’ana­lyse poli­tique qui se dégage du roman ne vole pas très haut.

1. D’abord, le virtuel c’est pas bien. Des scènes au début montrent le héros presque admi­ratif d’une rue nappée de réalité augmentée. Cette rela­tion d’amour-haine aurait pu être inté­res­sante à explorer mais est vite aban­donnée. Tous les thèmes ne peuvent pas être appro­fondis égale­ment, mais encore une fois cela donne l’im­pres­sion de servir de décor. Et au final le message se limite à « les gens sont accros et oublient la réalité vraie, » ce qui n’est pas d’une puis­sance pros­pec­tive folle, vous en convien­drez.

Vers la fin du roman se trouvent de courts inserts, des sortes de frag­ments de micro-révolutions. Je sais que c’est volon­tai­re­ment outré et carna­va­lesque et qu’une cita­tion hors contexte fait faci­le­ment ridi­cule. Mais quand même, voici un exemple :

Le 11 mars, Bruno R. a coupé sa réul [réalité virtuelle], jeté ses disques réti­niens aux toilettes et tiré la chasse. Il a pris sa bague, l’a fait fondre dans la braise de son barbecue deux jours durant, avant de la reforger à la main, comme il a pu. Puis il l’a offerte à son amou­reuse en la deman­dant en mariage. Elle a coupé sa réul trente secondes pour dire « oui ». C’est un début.

Le 12 mars, Cèce-la-Rousse a fait à peu près la même chose dans une char­bon­nière du Vercors, avec ses brace­lets connectés. Elle en a forgé six bagues fondues et elle s’est fiancée six fois avec six arbres de la forêt : un épicéa, un chêne, un fayard, un pin sylvestre, un charme, un orme. Elle se vit à présent comme une nymphe des bois dédiée à des arbres qu’elle habite tour à tour, nais­sant et mourant avec eux : une hama­dryade.

2. Ensuite, l’auto-gestion c’est cool. Damasio se défen­drait de l’accusation de spon­ta­néisme : “Il faut sortir de la hourrah-révolution”, dit un person­nage. N’empêche que j’y trouve beau­coup de “oh qu’est-ce qui nous prend et nous trans­porte, faisons la fête et la révo­lu­tion !” Ça fait penser à Vernon Subutex, où de mysté­rieuses transes collec­tives se trans­mutent en mouve­ment durable, puis en reli­gion.

3. L’histoire finit carré­ment par une révo­lu­tion quasi-généralisée (ville par ville et hors méga­lo­poles, atten­tion on est muni­ci­pa­liste) cata­lysée par les furtifs. C’est mon dernier point : l’humanité découvre une nouvelle forme de vie et paf ça fait le Grand soir. Dans un entre­tien l’au­teur déclare vouloir “proposer des micro-révolutions à la fin, pas un seul bascu­le­ment révo­lu­tion­naire”. Ben raté, c’est ce qui se passe.

Recherche pour le mot "déter"
Recherche pour le mot « déter ».

Une narration à plusieurs points de vue tous identiques

Le roman se veut aussi expli­ci­te­ment philo­so­phique. Ce qu’il appelle tran­quillou “ma philo­so­phie du vivant” n’est pas plus fine.

Il s’agit d’emprunts assez trans­pa­rents à Deleuze et plus large­ment à un héri­tage philo­so­phique que l’on peut appeler « vita­lisme » : réha­bi­liter le corps en dépas­sant le dualisme corps-esprit ; valo­riser la vie subjec­tive et incarnée, par oppo­si­tion à la vie quan­ti­fiée et objec­tivée.

Les lignes de fuite, le devenir-imperceptible, faire bégayer la langue, l’organisme comme stabi­li­sa­tion tempo­raire de l’élan vital… Tous ces concepts sont déjà chez Deleuze – ou chez d’autres auteurs, mais c’est lui qui les incarne et lui que Damasio cite.

On n’est certes pas obligé d’être original en litté­ra­ture. Mais ce prisme vita­liste est appliqué à tout, de manière assez trans­pa­rente. C’est en partie une volonté d’auto-explication : un des person­nages est philo­sophe et a le droit à des logor­rhées décou­sues. C’est à la fois une manière de fournir les clés de lecture théo­riques du roman et de faire de l’auto-dérision. Chez moi ça ne marche pas du tout : second degré ou non, une tirade imbi­table reste une imbi­table.

Dans l’entretien chez Libération il appelle sa vision un « concept toti­potent », c’est-à-dire un concept puis­sant qu’on peut faire proli­férer. Pour moi cela donne un coté systé­ma­tique et prévi­sible au roman.

C’est surtout visible dans le trai­te­ment super­fi­ciel des person­nages. J’y vois une inca­pa­cité de Damasio à aller au bout de la poly­phonie qui est lui chère. il n’aime pas les narra­teurs omni­scients et la fausse objec­ti­vité et ne peut faire autre­ment que d’écrire des romans à plusieurs points de vue. C’était réussi dans La Horde, où les person­nages étaient plus distincts et incarnés, Il parlaient diffé­rem­ment et tout simple­ment s’en­gueu­laient autour de visions du monde diffé­rentes. Dans Les Furtifs, il reste surtout des diffé­rences de style. Il y a le guer­rier, l’in­tello, l’oreille d’or, le hacker, le diplo­mate… mais peu de diffé­rences de fond au-delà de ces étiquettes, à part l’op­po­si­tion entre Lorca et Sahar qui est vrai­ment creusée. La moitié des person­nages prin­ci­paux sont quand même des anciens membres d’une unité mili­taire de « recherche » dont l’ac­ti­vité prin­ci­pale fut d’ex­ter­miner les furtifs pendant des années. Leur revi­re­ment de tueur en sage paci­fiste est à peine inter­rogé.

Il y a chez Damasio une géné­ro­sité palpable, l’envie d’ab­sorber beau­coup d’in­fluences et de sous-cultures pour les retrans­crire dans ses person­nages. C’est pour­tant lui que je sens derrière eux. Donner plus de style que de psycho­logie à un person­nage et ça donne de la pose. Exemple :

J’fais mon mara­bout, mon griot, je les mets en rond et je raconte comment elle cause, Tishka, tu verrais les étoiles, comme ça brille sous les lentilles ! On va tout défoncer, vous savez. Revolution will not be story­told ! Revolution is not on reul ! Revolution is stealth ! Je vois comment ça se passe dans les îles. C’est over pour la Gouvernance et les corpors. Ils nous repren­dront plus rien. On est dans la place. Yolo !

C’est encore plus patent avec les person­nages secon­daires. Ils se ressemblent un peu tous et sont souvent décrits comme des blocs rayon­nants de joie sauvage ou enfan­tine. « Une bouille à angles, déter comme ils disent, jolie dans son genre sauvage. »

De belles idées inabouties

Au fond, ce qui me déçoit le plus c’est que Damasio ne fasse pas grand chose de ses influences intel­lec­tuelles, à part en tirer une vague exal­ta­tion de la vie. Deleuze brillait plus par sa virtuo­sité et sa capa­cité à rappro­cher des réfé­rences inat­ten­dues que par la préci­sion de ses thèses. Il fut donc un grand carbu­rant pour de nombreux artistes.

Je n’en vois pas grand chose ici et en veux pour preuve son explo­ra­tion déce­vante du langage des furtifs. Leur écri­ture est fasci­nante : une même glyphe est tracée et retracée de nombreuses fois, si bien que la même forme peut signifie plusieurs carac­tères diffé­rents. Quant au langage lui-même, il est décrit comme aussi chan­geant que le corps des furtifs. OK, mais encore ? Et là, Damasio a recours à des effets de manche :

la parole furtive et sa litté­ra­ture fonc­tionnent exac­te­ment de la même façon que leur biologie et leur physique, à savoir comme un champ méta­mor­phique, à haute teneur en vita­lité. La parole était pour elles aussi vivante et fluc­tuante que leur corps. Communiquer n’était pas trans­mettre de l’information à un inter­lo­cu­teur, humain ou furtif, c’était « trans­mettre une trans­for­ma­tion ». Des inflexions, un vecteur de muta­tion, un bour­geon­ne­ment, un virus. Hakima en voulait pour preuve les torsions impri­mées aux préfixes et aux suffixes, le camaïeu des conju­gai­sons, le dyna­mi­tage des articles et des pronoms, les jeux éblouis­sants avec les asso­nances, les anagrammes, les conso­nances, les onoma­to­pées, la syntaxe.

p. 333

Comparez avec Légationville (Embassytown). Dans ce génial roman d’an­ti­ci­pa­tion, China Miéville décrit une espèce alien inca­pable d’abs­trac­tion et dont le langage et la pensée reposent sur un système d’ana­lo­gies. Il parvient à dérouler cette expé­rience de pensée para­doxale, à imaginer préci­sé­ment ses consé­quences et à nous faire palper l’étran­geté de cette espèce qui ne peut ni spéculer ni mentir.

Le language des furtifs est un beau défi litté­raire et intel­lec­tuel : comment bâtir un langage, par défi­ni­tion stable, mais dont les règles chan­ge­raient sans cesse ? Malgré les longues pages où les person­nages en discutent, cherchent, font des hypo­thèses, Damasio n’a pas grand chose à proposer quand il essaye de donner un aperçu de cette langue infra­con­cep­tuelle, à part d’om­ni­pré­sents jeux sur les mots.


Bref, quand on est un chantre de l’imprévisible et du chan­ge­ment, c’est dommage de se renou­veler aussi peu.

Le futur sera trivial

J’aime beau­coup le concept de futur trivial (« future mundane ») de Nick Foster, qu’il a présenté dans un article et lors d’une confé­rence. Qu’est-ce à dire ?

Millenium Falcon

Thèse 1 : « dans le futur, les tables resteront branlantes » (source de la formule)

Comprendre : la tech­no­logie restera impar­faite, soumise à l’usure, pleine d’im­prévus, et vecteur de désa­gré­ments, petits ou gros.

Thèse 2 : une société humaine change par accrétion.

  • Elle évolue selon des rythmes diffé­ren­ciés. Comme le suggère le schéma ci-après, la mode change plus vite que les infra­struc­tures.
  • Elle évolue de manière non séquen­tielle : une tech­no­logie n’est pas adoptée instan­ta­né­ment et univer­sel­le­ment, et des tech­no­lo­gies de géné­ra­tion diffé­rente peuvent coha­biter et se mélanger. Pour reprendre l’exemple favori de David Edgerton, on n’a jamais autant utilisé de chevaux que pendant les deux guerres mondiales. Je recom­mande d’ailleurs vive­ment les articles et livres de cet histo­rien des sciences.

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On peut inter­préter ce concept de plusieurs manières :

  • Pessimisme (90% des choses sont nulles et le reste­ront).
  • Difficulté à conce­voir un système complexe en anti­ci­pant tous ses aspects. Comme le dit Frederik Pohl : « une bonne histoire de science-fiction doit pouvoir prédire l’embouteillage et non l’automobile ».
  • L’idée que certains micro-phénomènes sont plus révé­la­teurs de chan­ge­ment que les jetpacks et autres voitures volantes.

A ce sujet, on pourra aussi lire le chapitre « Futurs au quoti­dien » de ce livre par Nicolas Nova – d’ailleurs un collègue de Foster.

The Uncanny Valley

L’uncanny valley, la vallée déran­geante, est une hypo­thèse fonda­men­tale en robo­tique et en anima­tion. Elle énonce que plus une créa­ture est proche de l’être humain, plus notre affi­nité pour elle croît, jusqu’à au point où cette tendance s’inverse et où commence le dégoût. Par exemple, un robot indus­triel ne dérange guère, un huma­noïde idéal non plus. Par contre, voir un robot proche de l’être humain mais mal animé, ou un person­nage de dessin animé très bien rendu mais avec des yeux inertes, cela provoque une réac­tion de rejet. Le problème n’est pas seule­ment que l’imitation peut être creepy, mais que le phéno­mène est limitée à une zone de la courbe.

Uncanny Valley

A mon sens, le problème vient de l’écart entre deux types de fidé­lité à l’original : la manière dont se comporte une créa­ture et l’apparence qu’elle a. Un robot huma­noïde à l’anatomie et à la peau impres­sion­nantes, mais pas foutu de se mouvoir ni d’interagir correc­te­ment avec un être humain, ça peut provo­quer un senti­ment de rejet. Le cas est inverse est flip­pant aussi, par exemple un huma­noïde dont les rouages seraient mis à nu mais qui dirait “maman, maman” avec des inflexions parfaites. L’imitation n’est pas le propre des créa­tures arti­fi­cielles : l’amusement que l’on ressent face à un enfant qui imite très bien un adulte peut faci­le­ment se muer en gêne si la singerie dure ou est trop parfaite.

On peut ainsi rendre la courbe linéaire “simple­ment” (je suis doué pour l’armchair robo­tics) en faisant atten­tion à ce que les diffé­rents aspects gagnent en simu­la­tion paral­lè­le­ment.

Tout ça pour dire que l’idée fut déve­loppée en 1970 par un robo­ti­cien japo­nais et que l’article original n’avait jamais été traduit jusqu’à aujourd’hui.

Concepts, bullshit et video

Vous le savez sans doute, Google a annoncé qu’il comp­tait sortir des lunettes avec un affi­chage tête haute. La vidéo de présen­ta­tion était aussi exci­tante qu’avare de détails. Plus récem­ment, cet entre­tien avec le leader du projet s’étend sur leur démarche mais me laisse toujours un peu frustré. Son message : les gens de Google ne sont pas qu’une bande d’ingénieurs amateurs de nouveaux joujoux, ils réflé­chissent à ce qu’ils font et sont bien conscients des ques­tions ergo­no­miques et sociales que posent leur produit.[1] Au-delà, l’article donne peu de réponses concrètes et on est toujours dans le flou. Notamment, on ne sait pas toujours pas grand-chose sur la manière dont l’utilisateur inter­agi­rait avec les lunettes, alors que la ques­tion est centrale pour un produit aussi nova­teur.
 
Cela m’évoque ces vidéos de grandes entre­prises infor­ma­tiques présen­tant leur vision du futur, où le but est appa­rem­ment de fourrer autant de nouvelles tech­no­lo­gies que possible par scène. Un exemple avec RIM, un autre avec Nokia et enfin une vidéo de Microsoft qui date de l’an dernier. Vous voyez le data­porn, ces visua­li­sa­tions de donnée plus impres­sion­nantes qu’éclairantes ? Ben là c’est du futu­re­porn : c’est woah, on ne comprend pas comment ça marche ni même toujours ce qui se passe. Un peu de hand-waving et d’hocus pocus de la part de la maitresse d’école et hop et elle mani­pule le tableau blanc inter­actif. [2] Vite, scène suivante pour qu’on n’ait pas le temps de voir plus d’une inter­ac­tion et de commencer à poser des ques­tions.
 
Pourtant, quelle est la diffé­rence entre la commu­ni­ca­tion de Google et la vidéo de pros­pec­tive faite par Microsoft ? Dans les deux cas, on n’en est même pas au stade du proto­type : ce sont des idées mises en image pour être frap­pantes ; on fait comme si les problèmes d’autonomie, d’ergonomie, d’infrastructure, d’interactions sociales n’existaient pas. Bref, on tripe sur des tech­no­lo­gies futures et sur la manière dont elles vont influencer nos vies. Pourquoi pas. Ça pose plein de ques­tions d’implémentation mais c’est à ça que peut servir ce genre de brains­tor­ming. Pourquoi dans ce cas trouve-je la vidéo de Microsoft exas­pé­rante alors que celle Google est seule­ment agaçante ?
 
 • Google annonce un produit, là où Microsoft présente une vision globale et impres­sion­niste. Je ne sais combien d’appareils par plan, chacun entrai­nant des rami­fi­ca­tions de problème.
 • On peut être très scep­tique sur le produit final par rapport au modèle de la vidéo et sur la capa­cité de Google à tenir ses promesses. Pourtant, on sait que la vidéo n’est qu’une étape du plan marke­ting et qu’on en saura bientôt plus. Alors que les vidéos de Microsoft sont des one-shots qui ne débou­che­ront proba­ble­ment sur rien.
 • La “vision” de Microsoft n’est pas si impres­sion­nante. Au lieu d’imaginer le prochain para­digme, elle se contente de pousser l’actuel à l’extrême. En gros, des écrans tactiles partout.
 • Enfin, derrière ce genre de vidéo, on sent Microsoft qui crie “I’m still rele­vant!” et essaye de persuader le monde que lui aussi peut innover. Sauf que bon, rappelez-vous du Courier : Microsoft avait annoncé la sortie d’une tablette à deux écrans et l’a fina­le­ment tué dans l’œuf, à cause de problèmes tech­niques et de divi­sions internes. Ne reste du projet… qu’une vidéo. De son coté, Apple a annoncé l’iPad quand il était prêt et en a vendu des millions. Insérez ici une cita­tion de Steve Jobs.

[1] Google a la répu­ta­tion d’avoir une très forte culture de l’ingénieur où chaque déci­sion doit être étayée par des données (voir notam­ment). Google ou en tous cas certains Googlers ont l’air de vouloir nuancer cette idée.

[2] Je fais réfé­rence à une scène dans ces vidéos mais hélas elles n’ont plus l’air d’être en ligne. Microsoft a aussi joué les futo­ro­logues dans les domaines de la santé, de la banque, de la fabri­ca­tion, etc.