La fascination pour le pire

Comme beaucoup de designers dont le travail est de créer de bonnes interfaces, je suis fasciné par l’extrême inverse : des interfaces monstrueusement mauvaises.

Il y a les interfaces frontalement horribles, comme cet outil de maintenance pour un distributeur de billet.

Il y a les interfaces qu’il faut avoir utilisé pour comprendre. Prenez Lotus Notes : des analyses et des sites entiers sont dédiés à sa nullité. On parle d’une application qui ne suit pas des raccourcis universels et basiques (par exemple CTRL+A pour tout sélectionner). On parle d’une application fournie avec un utilitaire pour la forcer à quitter quand les choses tournent mal. Une application suicidaire.

Mais pour aller au fond de la nullité et creuser encore, il faut la créer soi‐même.

Il y a ce défi collectif sur Reddit pour créer le pire sélecteur de numéro de téléphone.

Des gens sur Reddit ont remis ça, autour d’un variateur de volume. Magnifique et totalement pataphysique.

Il y aussi une expérimentation autour du choix des cookies.

Et enfin, le petit dernier : un formulaire absolument atroce. Ce n’est plus un dark pattern, c’est un trou noir.

Les points communs entre tout ça ? Le meilleur des worst practices, une connaissance fine des habitudes des internautes pour s’en écarter le plus, des interfaces possédées, ayant leur vie propre ou luttant activement contre l’utilisateur, un succès toujours techniquement possible mais avec des probabilités infimes, un humour noir auto‐référencé… J’en passe.

Pourquoi cette fascination pour le pire ? Déjà, elle n’est pas limitée aux interfaces. Il y a bien des gens se consacrant à trouver l’algorithme le plus inefficace possible et des communautés de fans de nanar.

Cependant, voici quelques hypothèses sommaires :

  • Catharsis : on se purge de tous les travaux peu glorieux dont on est responsable.
  • Expertise : investiguer le pire permet par contraste de mieux comprendre le meilleur et de prendre consciene des mécaniques cognitives à l’oeuvre chez l’utilisateur.
  • Pédagogie : ce peut être une bonne technique d’animation, comme le suggèrent Jared Spool ou Akiani.
  • Prise de recul : après tout, qu’est-ce qu’une bonne interface ? Quelle est la limite entre le défi ludique et la corvée ?

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