Au doigt de pied et à l’œil : contrôler un ordinateur avec les pieds

Lors de deux moments impor­tants pour l’his­toire de l’in­for­ma­tique, on trouve une personne assise à une machine et utili­sant autant ses pieds que ses mains.

D’abord, le métier Jacquard néces­si­tait l’emploi d’une pédale, comme d’autres métiers à tisser avant lui. Cette inven­tion inspi­rera le proto-ordinateur de Babbage et Lovelace. Ensuite, Engelbart est connu pour être le premier, dès 1968, à proposer un système cohé­rent compre­nant inter­face graphique, souris et colla­bo­ra­tion à distance. Ce qui est moins connu, c’est que pour lui le succès de la souris fut presque acci­dentel. Lui croyait plus dans le poten­tiel du clavier à accords et avant ça avait expé­ri­menté avec des dispo­si­tifs où la posi­tion du poin­teur était trans­mise par un casque, ou encore par la posi­tion… du pied et du genou !

Ensuite, le pied se retrouve un peu partout. Si vous ne me croyez pas, je vous conseille la lecture de cette somme sur le sujet (trente pages, une véri­table somme podo­lo­gique !). Il iden­tifie notam­ment une gamme de gestes, utilisés prin­ci­pa­le­ment dans des expé­riences artis­tiques ou acadé­miques. De manière plus popu­laire, on retrouve les tapis des jeux de danse, les péda­liers des jeux de course, mais aussi diffé­rents plateaux d’équi­libre, initiés dès 1982 par le Joyboard d’Amiga (en photo plus haut).

Quoi d’autre ? On peut parler de l’in­dus­trie, où les risques d’ac­ti­va­tion intem­pes­tive (analysés ici) exigent des pédales avec des clapets et autres garde-fous.

Pédale industrielle

Les utili­sa­teurs avec des problèmes de posture ou de motri­cité peuvent utiliser toute sorte de « souris à pied », comme cette fasci­nante Souris-Sandale.

Souris-sandale ou toe-mouse

La première machine à écrire à être large­ment utilisée compre­nait une pédale pour la touche Entrée. Toujours dans l’édi­tion de texte, la VIM Clutch constitue un exemple inté­res­sant de conver­gence entre maté­riel et logi­ciel. L’éditeur de texte VIM fonc­tionne par modes : un mode normal, un pour l’in­ser­tion, un pour la sélec­tion de texte, etc. Ça parait bizarre mais c’est beau­coup plus sensé que ça n’en a l’air. Un maitre-nerd a donc bricolé une pédale qui permet, tant qu’on la main­tient, de rester dans le mode le plus courant. Ça rappelle un peu les péda­liers de piano et c’est assez logique d’avoir une touche dédiée et acces­sible à part pour une action aussi fonda­men­tale.

Sholes and Glidden typewriter

Citons aussi les chaus­sures intel­li­gentes, avec unique­ment des senseurs, ou carré­ment avec des actua­teurs modi­fiant le niveau d’amorti.

Le meilleur pour la fin : par deux fois, des petits malins ont essayé de tricher au casino en portant un ordi­na­teur qui commu­ni­quait des infor­ma­tions à un complice (source 1, source 2). Comment le tricheur faisait-il pour saisir ces infor­ma­tions ? En tapant du pied. Un bel exemple d’ha­bi­tro­nique, dès 1960 et à nos pieds.

« Habitronique », parfai­te­ment. Je vous laisse sur l’ou­ver­ture de Footloose.

Articles liés

Attention, commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.