Les liens de la semaine #9

  • Un chouette recueil de design-fiction (prospective ancrant un concept dans les usages) : Une histoire du futur en cent objets.
  • Un panorama des outils pour tester des sites sur mobile.
  • Reportage chez le projet de livraison par drones de Google, mais aussi chez la concurrence. Deux visions se dessinent : petits colis pour particuliers ou fret collectif sur des voies aériennes préétablies.
  • Un article sur les stades d’intégration d’une technologie à la culture. Par exemple on ne pense plus à l’écriture, encore moins à la cuisson des aliments, comme à une technologie.
  • Une analyse visuelle simple et puissante montrant à quel point les voitures bouffent l’espace public.

Concevoir pour l’apesanteur

Strabic a publié un article passionnant sur la création d’une bouteille et d’un verre qui soient utilisables dans une station spatiale. Je vous encourage à le lire en détail, mais voici quelques remarques.

La bouteille
La bouteille – Crédits photo : Tanguy Masson, Basile de Gaulle

Par certains aspects (surtout pour ce qui est de l’analyse de l’activité et du contexte), on est dans du classique : il y a des codes à intégrer (parti pris que la bouteille reste verte), un aspect social (le rituel de boire ensemble), une dialectique entre usage prescrit et réel (l’alcool est interdit dans les sous-marins et les environnements spatiaux, donc soit on boit en cachette, soit le chef est conciliant).

Quant à la conception, elle est largement exotique. Pour tester le bon fonctionnement des objets, ils utilisent des nacelles en chute libre dont l’intérieur est filmé. Apparemment la méthode est de leur cru (ils citent des inspirations mais je ne trouve pas de sources). Pas le plus commode mais c’est fascinant. Je me suis pris à rêver à des processus d’itération plus souples. À quand le premier designer dans l’espace, équipé de machines à prototypage rapide ?

L’absence de gravité change le moindre geste et influe sur bien des aspects de la physique. Mais il faut en tirer parti :

Et il ne s’agit pas seulement de s’accommoder de l’apesanteur, mais aussi et surtout de tirer profit d’autres forces physiques qui deviennent gouvernantes. Je pense notamment à la capillarité, qui est largement inhibée par la gravité sur Terre mais qui devient dominante en apesanteur.

En jouant avec la manière dont les fluides sont retenus ou repoussés selon la topologie et le matériau, plus une valve pour le goulot, ils ont ainsi pu recréer le geste de se servir un verre et de le boire. Plus largement, les designers réfléchissent à la réinvention de tout un répertoire de concepts et d’opérations. Par exemple, s’arrimer ou coincer un objet entre des bandes souples, au lieu de tout sangler et accrocher.

Le verre
Le verre – Crédits photo : Tanguy Masson, Basile de Gaulle

Octave De Gaulle : Distiller, sur Strabic.

Les liens de la semaine #8

Les liens de la semaine #7

  • Strabic fait la chronique du livre Max Bill / Jan Tschichold : La querelle typographique des modernes, à propos du débat entre ces deux théoriciens de la typographie et des revirements de Tschichold, passé du modernisme au classicisme. J’ai déjà parlé de lui dans mon article sur L’éternelle querelle du minimalisme.
  • Comment les sites de commerce en ligne aident les internautes à choisir la bonne taille. Voir aussi le projet de cette startup française.

  • Une énième anecdote sur Steve Jobs, mais qui illustre très bien l’importance de la divergence et du hasard dans le prototypage. En gros, il a adoré un prototype de souris sans bouton, alors que pour les designers qui la lui ont présenté c’était un bug, pas une feature.

  • Un redesign sauvage des panneaux expliquant les horaires de parking. Un bel exemple de design de l’information dans le quotidien.

  • Archipel, un essai feuilletonnesque de Martin, avec comme fil rouge l’écrivain Edogawa Rampo, les représentations du Japon et le motif de l’île à travers les cultures. Hautement recommandé. Je cite :

    …nous voguerons d’île en île pour découvrir l’art subtil et délicat de la mélecture, en suivant les chemins qui vont de Sherlock Holmes à Death Note, de Monte Cristo à Gankutsuou et de Fantomas à Ken le Survivant.

Les liens de la semaine #6

  • Blackberry va sortir un gros téléphone avec un écran carré. C’est un choix audacieux (suicidaire ?) puisqu’il va à rebours des idées reçues sur l’ergonomie physique des smartphones. Je l’imagine assez confortable à utiliser si l’on accepte d’y mettre les deux mains. Il est suffisamment large pour être vraiment en pris en main (comme un gros smartphone type Galaxy Note en mode paysage), avec un écran suffisamment haut pour que le contenu ne soit pas bouffé par le clavier et l’interface.

  • Un axe de réflexion intéressant pour des appareils vestimentaires vraiment utiles : « wearable devices [should] leverage their physicality, their presence in my immediate environment, to add to my interactions as they happen, rather than record aspects of the world for later. » Cela permettrait aussi de les rendre plus sociaux.

  • Pourquoi y a-t-il si peu de jeux vidéo violents ? : une satire très juste moquant une excuse fréquemment employée pour expliquer la prépondérance de jeux violents, selon laquelle les interactions sociales seraient plus difficiles à modéliser et à traduire en jeu. Je trouve l’article salutaire, parce que c’est une idée intuitive et répandue, y compris chez ceux appelant de leurs vœux plus de jeux non-violents.

  • Partager : l’icône qui ne met personne d’accord : un article sur le manque de convention stable autour de ce symbole, avec quelques nouvelles propositions. J’aurais aimé que l’article aille plus loin et questionne la sémantique de ces icônes. Y a-t-il une réelle unité dans les fonctions sous-jacentes, par exemple entre « transmettre par email », « poster une photo sur Twitter », « rendre accessible un document sur Google Drive » ?

  • Des livres électroniques gratuits : Mobile Design Patterns, The Guide to Wireframing, Mobile Book of Trends, Web Design Book of Trends, The User Experience Guide Book For Product Managers et UX Design for Startups.

« The Oculus Rift is the first visual medium that doesn’t have a frame around it »

En avril 2012, Palmer Luckey, 19 ans à l’époque, postait sur un forum de passionnés pour annoncer qu’il faisait de grands progrès sur un casque de réalité virtuelle, Oculus Rift, et qu’il espérait bientôt le lancer sur Kickstarter. Un mois après, Carmack se faisait prêter un casque, y adaptait Doom 3 et en faisait la démo auprès de journalistes. Une entreprise est créée peu après et des vétérans de l’industrie la rejoignent pour lui donner une portée grand public. Deux ans après, Oculus VR est rachetée par Facebook et embauche John Carmack et Michael Abrash. Sacré parcours.

Voici deux liens qui peuvent aider à s’y retrouver :

D’abord, un récit du Time qui décrit très bien l’expérience du casque :

I turned my head experimentally, and the view changed, with no discernible lag, just as it would have in reality. […] That’s when my brain admitted defeat. It surrendered to the illusion that it was in another world. It wasn’t going to find an edge. There were no edges. The Oculus Rift is the first visual medium that doesn’t have a frame around it.

Il évoque également les dilemmes des dirigeants autour de l’identité de la compagnie :

…they might not be as clear as they thought they were on what virtual reality is actually for. It began as a gaming technology, but it turned out first-person shooters weren’t the killer app they expected. “Pretty quickly we realized, ‘O.K., maybe running down hallways at 40 m.p.h. isn’t exactly the most comfortable thing to do in VR when you’re sitting in a chair’” […] So they started thinking more broadly about what exactly it was they were building.

Ensuite, des slides détaillés d’Abrash sur les défis techniques et cognitifs de la réalité virtuelle :

All of the followings are needed :

  • A wide field of view
  • Adequate resolution
  • Low pixel persistence
  • A high enough refresh rate
  • Global display
  • Optics
  • Optical calibration
  • Rock-solid tracking
  • Low latency

Pour aller plus loin, son blog est recommandable.