Les limites de l’empathie

L’empathie c’est bien mais ce n’est pas une panacée. On essaye de se mettre à la place de l’autre mais on y trouve surtout ce qu’il y a de plus de similaire àsoi, de plus émotionnellement facile. Et tout ça quel but exactement ?

Petite synthèse d’article lus à ce sujet.

Se mettre dans la peau des consommateurs, ça ne marche pas :

The more empathetic managers were, the more they used their personal preferences to predict what customers would want. […] the more they ignored the market research on customers that we provided them.

L’empathie n’est qu’une étape :

We needed distance — a psychic removal — in order to really assess the problem and take action to change it. […] Empathy will get you to see the problems from the users’ perspective, but not the solutions.

Empathie signifie surtout empathie pour la clientèle, au risque d’exclure d’autres personnes :

Empathy for commercial ends is simply marketing. […]

Back to our coffee shop. Here’s a standard solution : Keep the bathroom door locked and require people to ask for a key available only to paying customers. This solves a discrete problem for the coffee shop. After all, how can one business possibly take on an issue like inequality or homelessness ? But it does more ; it actively ignores the larger, systemic responsibilities the business has to the community. By empathizing with one group of people, we necessarily exclude another. »

Les limites de l’empathie dans la réalité virtuelle :

All of this is to say that well-meaning VR empathy experiences might come with some hidden costs. One study shows that people who have experienced something themselves can, in some cases, have less sympathy for those who are currently struggling with that same issue. This same study found that, for example, someone who had been bullied in the past was actually less empathetic towards a child being bullied than those who hadn’t been targeted before. Psychology researchers think that perhaps those who have managed to endure an experience might see someone in the midst of it and essentially think : “I went through this, it wasn’t so bad, they should just suck it up.” If that theory is correct, then those of us who go through an experience in VR might actually wind up feeling less compassion for people in real-world situations. It wasn’t so bad when we went through it virtually, we might think, so why is this person complaining ?

What studies have found is that after, say, putting on a blindfold and navigating a room without sight, people do feel more warmly towards blind people. They feel more empathetic towards them. But they also develop negative stereotypes to go along with this warm feeling. [In an experiment,] participants came out of the experiment with the belief that blind people are incapable of holding jobs or living alone, and that their lives are defined by misery. The subjects are so focused on their own struggles with trying to navigate that they assume that every blind person spends his or her days wallowing in this same state of frustration and confusion.

L’empathie est comme la colère, une émotion brute à contrôler :

But I would worry about the irrational, arbitrary, and self-destructive aspects of anger, so I wouldn’t wish that my child possess too much of it. And I would make sure to add plenty of intelligence, concern for others, and self-control. I would want to ensure that anger is modified, shaped, and directed by rational deliberation. It would occasionally spur action, but it would be subservient to the capacities for rationality and compassion. If we were all constituted in this way, if we could all put anger in its place, ours would be a kinder and better world.

That is how we should think about empathy too.

Expérimenter avec une tétière inversée

Résumé : sur mobile j’ai changé la barre de menu du blog.

Pendant longtemps, quand on ouvrait mon blog sur téléphone on voyait ça :
Navigation blogmobile v1

Ça fait un gros pâté de texte non ? Nom du blog, puis liens, puis titre de l’article. Les liens du menu, notamment, sont plus directs et efficaces qu’un menu-burger, mais ils font très lourds sans vraiment être parlants ou inciter à cliquer. Comment rendre ce menu plus discret sans perdre en utilisabilité ? Une solution : un menu-tiroir masqué par défaut, mais pas un menu-burger pour autant. Pour l’ouvrir, il suffit de scroller vers le haut ou d’appuyer sur la manicule. Essayez de vous-même sur un téléphone, une fenêtre étroite ou regardez cette vidéo :

Pourquoi ce choix ? J’avais envie d’expérimenter autour de l’idée de la page web comme canevas infini (pour reprendre une expression de Scott McCloud). Une page web n’est pas un rectangle avec des frontières claires ni un sens de lecture prédéfini.

Image prise à Frank Chimero

Ça ne veut pas dire qu’on peut faire n’importe quoi : les limites sont celles de la compréhension du lecteur. Ici on reste sage et ce menu inversé est même plus ergonomique qu’un menu-burger. D’abord il est tout à fait découvrable : la manicule est bien mise en évidence, on peut appuyer dessus ou sur toute la largeur de l’écran et le menu est suggéré par une saillie. Ensuite, parce qu’au lieu de devoir repérer et viser un bouton, il suffit d’un simple geste de scroll. Comme le dit Joshua Porter, « le défilement est une continuation, le clic une décision ». Enfin, ce geste n’est pas arbitraire mais cohérent avec la manière dont le menu apparait : scroller vers le haut fait apparaitre progressivement plus de page, c’est le principe même du scroll. Alors que dans l’absolu un bouton-burger pourrait être placé n’importe et le menu pourrait apparaitre n’importe comment.

Bref, je trouve ça pas mal. Me bercé-je d’illusions ? Un avis ? Avez-vous croisé des idées similaires ?

You do the meth : tous les jeux de mots des génériques de Bob’s Burger

Vous voyez dans le générique des Simpsons le texte que Bart écrit depuis 25 saisons ? Dans Bob’s Burgers c’est pareil, il y a deux jeux de mot dans le décor, presque toujours nouveaux. Je me suis amusé à les extraire avec un petit script basé sur ffmpeg (et peu d’huile de coude pour capturer les photogrammes ayant des timecode différents).

Il y a 126 photogrammes pour 134 épisodes (de la S1 au milieu de la S8), ce qui fait 8 épisodes sans générique.

VOIR LES IMAGES EN PLEIN ÉCRAN – – – Lire la suite

Petit panorama de la ville hostile

banc de camden
Un banc anti SDF, anti-dealer, anti-tagueur, anti-skater

Architecture hostile, design désagréable, mobilier anti-SDF, autant de termes qui tournent autour de la même idée. Petit panorama non exhaustif.

D’abord, des introductions au sujet :

Quelques concepts :

Enfin, deux sites recensant ces dispositifs hostiles :

Archisuit
Archisuit, un exemple de contournement

Sur quelques anicroches avec les applications universelles de Windows 10

illus écosystème apps

La double erreur de Windows 8, c’était de vouloir forcer un paradigme tactile sur un OS classique et en plus de le faire cohabiter avec une interface de type desktop. Cela entrainait des trucs aberrants comme les applications « Metro » ouvertes et pourtant absentes de la barre des tâches du bureau.

Avec Windows 10, la stratégie de Microsoft parait plus maligne et peut se résumer ainsi : mes données perso synchronisées partout, sur des applis trans-plateforme (téléphone, ordi, Xbox…) mais dotées d’une UI s’adaptant au contexte (taille de l’écran, souris ou tactile…).

Parenthèse : ils poursuivent ainsi un travail assez novateur en matière de responsive design – j’en a parlé ici.

Prenez OneNote : non seulement les boutons du ruban deviennent plus compacts quand on réduit la largeur de l’écran, mais c’est même l’organisation de l’app qui change, puisque la liste des notes est reléguée dans une vue dédiée et un bouton retour apparait pour y accéder.

Le problème, c’est que le travail d’adaptation a été minime pour beaucoup des nouvelles applications natives. Par exemple, dans une fenêtre étroite Groove Music marche très bien – normal, elle est très proche de sa contrepartie sur Windows 10 Mobile. Mais redimensionner la fenêtre ne tire pas du tout partie de la taille d’écran. Le contenu est découpé en plein de vues étriquées : pour se faire une idée globale de ce que j’ai d’un artiste en local, je dois ouvrir sa fiche, puis cliquer sur un album ou sur « Vue Morceaux ». N’importe quel lecteur de musique digne de ce nom montre deux niveaux à la fois : des artistes et leurs albums respectifs, ou les albums d’un artiste avec ses chansons. iTunes montre même les trois niveaux : artistes, albums et chansons.

iTunes Artist View

Plus généralement, j’ai relevé trois problèmes presque systématiques dans ces nouvelles applications.

Premier problème : ☰

L’utilisation du bouton « hamburger » sur mobile est discutable mais compréhensible. Sur desktop ça l’est moins, surtout quand c’est de manière non-conventionnelle. Dans les « grosses » applications, il sert d’interrupteur pour masquer/afficher les libellés du menu. Dans les applications légères, il fait apparaitre ces libellés temporairement (comme un « flyover » ou « popover »). Comme on le voit dans cette animation, ce n’est pas d’une utilité renversante eu égard à sa position prééminente.

Oui, c’est bien le Menu démarrer, même lui y a droit. Un menu de navigation avec son propre bouton de navigation, merci Microsoft. L’icône habituellement la plus structurante d’une app est transformée en simple post-it, puisque cliquer dessus sert juste à rappeler la signification des icônes. Si celle-ci posait vraiment problème il y avait d’autres solutions, comme afficher tous les titres de menu lors d’un survol prolongé. Courrier est le seul cas où ce hamburger est justifié puisqu’il présente de vraies différences de contenu entre modes compact et complet.

Deuxième problème : …

La barre de commandes comprend une icône en points de suspension. C’est encore un décalque du mobile, qui transgresse au passage des conventions desktop, sans gain évident. Elle ouvre des commandes supplémentaires et fait apparaitre le nom de toutes les cônes.

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Elle présente quatre problèmes :

  1. Ces libellés remplacent l’infobulle au survol, alors que c’est une convention ancienne et répandue.
  2. Ces libellés ne sont pas omniprésents : certaines applications ont les points de suspension mais affichent le libellé en permanence à côté (Photos, Alarme), ou utilisent une infobulle (Edge).
  3. Il n’y a parfois qu’une seule entrée dans le menu (Cf. les apps Téléphone et Messages)
  4. Il n’y a parfois aucun menu et cliquer dessus affiche juste les libellés. Le plus ridicule est qu’il n’y a parfois qu’une seule icone et donc qu’un seul libellé à afficher.

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Si c’était un bonus, le comportement ne serait pas une mauvaise idée puisqu’il enseigne en passant aux utilisateurs la signification des pictogrammes. Mais remplacer une convention archi-classique par un comportement plus lourd n’est pas très une bonne idée.

Problème annexe : cette barre de commandes est le plus souvent en haut, mais pas toujours. Exemple : l’Enregistreur vocal.

Troisième problème : ⇐

Terminons par le bouton retour : il apparait à gauche du titre, à la place de la traditionnelle icône de l’application. Pourquoi pas, ça s’inscrit dans la tendance de remplir la barre de titre ou de la fusionner avec d’autres. Mais c’est gênant en pratique et en théorie.

C’est gênant en pratique car l’implémentation est mal fichue. L’historique de navigation est à la fois lacunaire (dans les paramètres système le Retour passe d’une vue avancée à l’accueil en sautant une vue intermédiaire) et pollué par des étapes inutiles. Par exemple le changement de rubrique est enregistré. Si vous ouvrez vingt fois les rubriques A puis B puis A B… de la barre de navigation verticale puis cliquez vingt fois sur le bouton retour, vous rouvrirez vingt fois ces rubriques. Autre exemple : lors d’une recherche dans la Boutique, chaque changement de filtre ajoute une étape à l’historique alors que dans ce contexte le retour devrait seulement être hiérarchique.

À noter que ces deux exemples violent les directives de conception de Microsoft. Pas bien.

Plus fondamentalement, ce bouton retour est gênant dans son principe. Dans un environnement contraint (le mobile) ou hétérogène (navigateur, avec des sites tous différents), avoir une fonction centralisée pour balayer le moindre état passé de l’UI a un sens, car ça donne une ligne de survie à l’utilisateur. À tout instant je peux revenir exactement où j’étais, même en ayant oublié comment j’y suis arrivé. Tout ce que j’ai à connaître, c’est le bouton retour. Alors qu’un OS de bureau fournit à l’écran plus de capacités de navigation et peut donc se passer d’une telle panacée.

Contrairement aux problèmes précédents, cette fonction est moins une erreur basique qu’une réponse inadaptée à une question compliquée. J’aurais simplement préféré que Microsoft ajoute ce bouton au cas par cas, quand c’était vraiment nécessaire : Word et Courrier n’en ont pas, Groove Music n’aurait pas dû en avoir, mais le Store en a un et c’est justifié vu la profondeur de son arborescence. Voici comment Apple ajoute un bouton retour global à certaines applications (Photos, Mac App Store).

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