Sur quelques anicroches avec les applications universelles de Windows 10

illus écosystème apps

La double erreur de Windows 8, c’était de vou­loir for­cer un para­digme tac­tile sur un OS clas­sique et en plus de le faire coha­bi­ter avec une inter­face de type desk­top. Cela entrai­nait des trucs aber­rants comme les appli­ca­tions « Metro » ouvertes et pour­tant absentes de la barre des tâches du bureau.

Avec Windows 10, la stra­té­gie de Microsoft parait plus maligne et peut se résu­mer ain­si : mes don­nées per­so syn­chro­ni­sées par­tout, sur des applis trans-plateforme (télé­phone, ordi, Xbox…) mais dotées d’une UI s’adaptant au contexte (taille de l’écran, sou­ris ou tac­tile…).

Parenthèse : ils pour­suivent ain­si un tra­vail assez nova­teur en matière de res­pon­sive desi­gn – j’en a par­lé ici.

Prenez OneNote : non seule­ment les bou­tons du ruban deviennent plus com­pacts quand on réduit la lar­geur de l’écran, mais c’est même l’organisation de l’app qui change, puisque la liste des notes est relé­guée dans une vue dédiée et un bou­ton retour appa­rait pour y accé­der.

Le pro­blème, c’est que le tra­vail d’adaptation a été minime pour beau­coup des nou­velles appli­ca­tions natives. Par exemple, dans une fenêtre étroite Groove Music marche très bien – nor­mal, elle est très proche de sa contre­par­tie sur Windows 10 Mobile. Mais redi­men­sion­ner la fenêtre ne tire pas du tout par­tie de la taille d’écran. Le conte­nu est décou­pé en plein de vues étri­quées : pour se faire une idée glo­bale de ce que j’ai d’un artiste en local, je dois ouvrir sa fiche, puis cli­quer sur un album ou sur « Vue Morceaux ». N’importe quel lec­teur de musique digne de ce nom montre deux niveaux à la fois : des artistes et leurs albums res­pec­tifs, ou les albums d’un artiste avec ses chan­sons. iTunes montre même les trois niveaux : artistes, albums et chan­sons.

iTunes Artist View

Plus géné­ra­le­ment, j’ai rele­vé trois pro­blèmes presque sys­té­ma­tiques dans ces nou­velles appli­ca­tions.

Premier problème : ☰

L’utilisation du bou­ton « ham­bur­ger » sur mobile est dis­cu­table mais com­pré­hen­sible. Sur desk­top ça l’est moins, sur­tout quand c’est de manière non-conventionnelle. Dans les « grosses » appli­ca­tions, il sert d’interrupteur pour masquer/afficher les libel­lés du menu. Dans les appli­ca­tions légères, il fait appa­raitre ces libel­lés tem­po­rai­re­ment (comme un « flyo­ver » ou « popo­ver »). Comme on le voit dans cette ani­ma­tion, ce n’est pas d’une uti­li­té ren­ver­sante eu égard à sa posi­tion pré­émi­nente.

Oui, c’est bien le Menu démar­rer, même lui y a droit. Un menu de navi­ga­tion avec son propre bou­ton de navi­ga­tion, mer­ci Microsoft. L’icône habi­tuel­le­ment la plus struc­tu­rante d’une app est trans­for­mée en simple post-it, puisque cli­quer des­sus sert juste à rap­pe­ler la signi­fi­ca­tion des icônes. Si celle-ci posait vrai­ment pro­blème il y avait d’autres solu­tions, comme affi­cher tous les titres de menu lors d’un sur­vol pro­lon­gé. Courrier est le seul cas où ce ham­bur­ger est jus­ti­fié puisqu’il pré­sente de vraies dif­fé­rences de conte­nu entre modes com­pact et com­plet.

Deuxième problème : …

La barre de com­mandes com­prend une icône en points de sus­pen­sion. C’est encore un décalque du mobile, qui trans­gresse au pas­sage des conven­tions desk­top, sans gain évident. Elle ouvre des com­mandes sup­plé­men­taires et fait appa­raitre le nom de toutes les cônes.

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Elle pré­sente quatre pro­blèmes :

  1. Ces libel­lés rem­placent l’infobulle au sur­vol, alors que c’est une conven­tion ancienne et répan­due.
  2. Ces libel­lés ne sont pas omni­pré­sents : cer­taines appli­ca­tions ont les points de sus­pen­sion mais affichent le libel­lé en per­ma­nence à côté (Photos, Alarme), ou uti­lisent une info­bulle (Edge).
  3. Il n’y a par­fois qu’une seule entrée dans le menu (Cf. les apps Téléphone et Messages)
  4. Il n’y a par­fois aucun menu et cli­quer des­sus affiche juste les libel­lés. Le plus ridi­cule est qu’il n’y a par­fois qu’une seule icone et donc qu’un seul libel­lé à affi­cher.

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Si c’était un bonus, le com­por­te­ment ne serait pas une mau­vaise idée puisqu’il enseigne en pas­sant aux uti­li­sa­teurs la signi­fi­ca­tion des pic­to­grammes. Mais rem­pla­cer une conven­tion archi-classique par un com­por­te­ment plus lourd n’est pas très une bonne idée.

Problème annexe : cette barre de com­mandes est le plus sou­vent en haut, mais pas tou­jours. Exemple : l’Enregistreur vocal.

Troisième problème : ⇐

Terminons par le bou­ton retour : il appa­rait à gauche du titre, à la place de la tra­di­tion­nelle icône de l’application. Pourquoi pas, ça s’inscrit dans la ten­dance de rem­plir la barre de titre ou de la fusion­ner avec d’autres. Mais c’est gênant en pra­tique et en théo­rie.

C’est gênant en pra­tique car l’implémentation est mal fichue. L’historique de navi­ga­tion est à la fois lacu­naire (dans les para­mètres sys­tème le Retour passe d’une vue avan­cée à l’accueil en sau­tant une vue inter­mé­diaire) et pol­lué par des étapes inutiles. Par exemple le chan­ge­ment de rubrique est enre­gis­tré. Si vous ouvrez vingt fois les rubriques A puis B puis A B… de la barre de navi­ga­tion ver­ti­cale puis cli­quez vingt fois sur le bou­ton retour, vous rou­vri­rez vingt fois ces rubriques. Autre exemple : lors d’une recherche dans la Boutique, chaque chan­ge­ment de filtre ajoute une étape à l’historique alors que dans ce contexte le retour devrait seule­ment être hié­rar­chique.

À noter que ces deux exemples violent les direc­tives de concep­tion de Microsoft. Pas bien.

Plus fon­da­men­ta­le­ment, ce bou­ton retour est gênant dans son prin­cipe. Dans un envi­ron­ne­ment contraint (le mobile) ou hété­ro­gène (navi­ga­teur, avec des sites tous dif­fé­rents), avoir une fonc­tion cen­tra­li­sée pour balayer le moindre état pas­sé de l’UI a un sens, car ça donne une ligne de sur­vie à l’utilisateur. À tout ins­tant je peux reve­nir exac­te­ment où j’étais, même en ayant oublié com­ment j’y suis arri­vé. Tout ce que j’ai à connaître, c’est le bou­ton retour. Alors qu’un OS de bureau four­nit à l’écran plus de capa­ci­tés de navi­ga­tion et peut donc se pas­ser d’une telle pana­cée.

Contrairement aux pro­blèmes pré­cé­dents, cette fonc­tion est moins une erreur basique qu’une réponse inadap­tée à une ques­tion com­pli­quée. J’aurais sim­ple­ment pré­fé­ré que Microsoft ajoute ce bou­ton au cas par cas, quand c’était vrai­ment néces­saire : Word et Courrier n’en ont pas, Groove Music n’aurait pas dû en avoir, mais le Store en a un et c’est jus­ti­fié vu la pro­fon­deur de son arbo­res­cence. Voici com­ment Apple ajoute un bou­ton retour glo­bal à cer­taines appli­ca­tions (Photos, Mac App Store).

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Le futur sera trivial

J’aime beau­coup le concept de futur tri­vial (« future mun­dane ») de Nick Foster, qu’il a pré­sen­té dans un article et lors d’une confé­rence. Qu’est-ce à dire ?

Millenium Falcon

Thèse 1 : « dans le futur, les tables resteront branlantes » (source de la formule)

Comprendre : la tech­no­lo­gie res­te­ra impar­faite, sou­mise à l’usure, pleine d’imprévus, et vec­teur de désa­gré­ments, petits ou gros.

Thèse 2 : une société humaine change par accrétion.

  • Elle évo­lue selon des rythmes dif­fé­ren­ciés. Comme le sug­gère le sché­ma ci-après, la mode change plus vite que les infra­struc­tures.
  • Elle évo­lue de manière non séquen­tielle : une tech­no­lo­gie n’est pas adop­tée ins­tan­ta­né­ment et uni­ver­sel­le­ment, et des tech­no­lo­gies de géné­ra­tion dif­fé­rente peuvent coha­bi­ter et se mélan­ger. Pour reprendre l’exemple favo­ri de David Edgerton, on n’a jamais autant uti­li­sé de che­vaux que pen­dant les deux guerres mon­diales. Je recom­mande d’ailleurs vive­ment les articles et livres de cet his­to­rien des sciences.

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On peut inter­pré­ter ce concept de plu­sieurs manières :

  • Pessimisme (90% des choses sont nulles et le res­te­ront).
  • Difficulté à conce­voir un sys­tème com­plexe en anti­ci­pant tous ses aspects. Comme le dit Frederik Pohl : « une bonne his­toire de science-fiction doit pou­voir pré­dire l’embouteillage et non l’automobile ».
  • L’idée que cer­tains micro-phénomènes sont plus révé­la­teurs de chan­ge­ment que les jet­packs et autres voi­tures volantes.

A ce sujet, on pour­ra aus­si lire le cha­pitre « Futurs au quo­ti­dien » de ce livre par Nicolas Nova – d’ailleurs un col­lègue de Foster.

Archéologie des interfaces – Ou pourquoi il ne faut pas faire une refonte à moitié

Précédemment, je par­lais du manque de cohé­rence entre les appli­ca­tions de Pocket. Il s’agissait pour beau­coup de points iso­lés qui s’accumulaient, alors que les exemples sui­vants sont plus graves : les inter­faces sont inco­hé­rentes dans leur prin­cipe.

L’histoire est cou­tu­mière : un site Web entame une grosse refonte pour se moder­ni­ser. On voit arri­ver une page d’accueil flam­bante neuve et dif­fé­rents gaba­rits plus sobres et mieux pen­sés. Cela dit, quand on cherche dans les coins on trouve quelques pages qui ne res­pectent pas la nou­velle charte. Mais bon c’est pas grave, qui se sou­cie des men­tions légales et des pages d’erreur 404.

Parfois, ce sont des pans entiers d’un site qui détonnent. Exemple : Pôle Emploi, dont la page d’accueil res­semble actuel­le­ment à ça :

Page d'accueil Pole Emploi

Pas mal pas mal. Sauf que cette « révo­lu­tion numé­rique  », « user-centric et dis­rup­tive  », n’est pas encore allée très loin. Dès qu’on se connecte on retombe sur l’ancien, avec un style et une struc­ture lar­ge­ment dif­fé­rente, et une uti­li­sa­bi­li­té sur laquelle je ne m’étendrai pas. J’ajoute aus­si une cap­ture de l’espace pour entre­prise, qui a une gueule encore dif­fé­rente.

Page particuliers Pole Emploi

Page entreprise Pole Emploi

Bien sûr, je sais ce que c’est. Il y a des contraintes de temps et d’argent et je n’ose ima­gi­ner les décen­nies de dette tech­nique et d’inertie archi­tec­tu­rale pour ce genre de gros SI. Ce qui semble pour l’utilisateur une sec­tion par­mi d’autres est peut-être un module à part, avec une tech­no­lo­gie incom­pa­tible et géré par un dépar­te­ment dif­fé­rent (une bonne illus­tra­tion du prin­cipe de Conway). Je ne doute pas que les gens qui y tra­vaillent soient les pre­miers frus­trés. Mais bon, l’homogénéisation est pré­vue pour une V2, hein ? Hein ?

Sauf que ce n’est pas tou­jours le cas. Parfois, au fil des refontes ou des ajouts, les diver­gences s’aggravent au lieu de se résor­ber. Le site de la MAAF a trois gaba­rits lar­ge­ment hété­ro­gènes, tan­tid que le site des impôts en a quatre (ou disons deux avec des fortes variantes cha­cun), plus désuets à mesure que l’on s’enfonce dans les pro­fon­deurs du site. L’absence de cohé­rence se res­sent, car à l’utilisation l’on est faci­le­ment ame­né à pas­ser d’un gaba­rit à l’autre. Oh, encore un autre exemple avec deux screen­shots de l’espace client d’EDF ici et ici.

MAAF

MAAF

MAAF

MAAF

impots.gouv.fr

impots.gouv

impots.gouv

impots.gouv

impots.gouv

Windows, ce palimpseste

Microsoft est un spé­cia­liste pour ajou­ter des couches d’IHM à Windows sans réno­ver ou enle­ver les anciennes. C’est par­fois une preuve de saga­ci­té (le sélec­teur de cou­leur est cor­rect et à peine bou­gé) en vingt ans, par­fois d’immobilisme (il a fal­lu quinze ans et Vista pour avoir une réelle mise à jour de Paint). Ce que je trouve le plus fas­ci­nant, c’est le pan­neau de confi­gu­ra­tion : avec ses suc­ces­sions de pan­neaux tou­jours plus avan­cés et vieillots, on tra­verse une bonne par­tie de l’histoire du sys­tème d’exploitation.

D’abord, l’accueil datant de Windows 10. Ensuite, celui datant de XP. Les deux suivent le même concept : une grille d’icônes ouvrant des fenêtres maxi­mi­sées dotées avec une barre de navi­ga­tion laté­rale. Mais mys­té­rieu­se­ment, les deux ont été conser­vés. Il y a donc des fenêtres redon­dantes (Désinstaller des pro­grammes), d’autres qui n’ont pas été migrées vers la charte Windows 10 (Centre de réseau et par­tage).

Parametres Windows

Panneau de configuration Windows 10

Ensuite, on arrive aux pan­neaux à taille fixe et à onglets, qui datent de Windows 95. Les para­mètres de l’explorateur de fichiers en est le meilleur exemple : à part le retrait et sur­tout l’ajout de cer­taines options, il n’a pas bou­gé en vingt ans – et il en aurait bien besoin, avec cette liste inter­mi­nable dans un cadre minus­cule.

Options de l'explorateur de fichier

Un dernier exemple

L’historique de Google Chrome ne res­semblent pas aux favo­ris, qui ne res­semblent pas du tout à la fenêtre de télé­char­ge­ment (voir screen­shots). C’est appa­rem­ment tem­po­raire, mais pour­quoi une tran­si­tion aus­si désor­don­née vers le Material Design ?

Leçons ergonomiques et techniques d’un projet perso

Il y a quelques mois j’ai publié un outil pour cal­cu­ler une addi­tion en terme de tickets res­to (le post de l’époque est ici). Je sais, rien ne m’arrête. Voici une mise à jour, avec notam­ment des visuels plus tra­vaillés, ain­si qu’un cla­vier sur mesure et tou­jours pré­sent à l’écran. Vous pou­vez le tes­ter direc­te­ment dans le cadre ci-après ou l’ouvrir depuis votre ordi­phone pré­fé­ré.

Pourquoi un thème sombre ?

Parce que c’est repo­sant pour les yeux, sur­tout quand l’arrière-plan est très pré­sent, comme ici, et que mon télé­phone et son OS (Moto G et Android vanillé) sont déjà sombres.

Pourquoi un clavier sur mesure ?

Se limi­ter à ce que four­nit l’OS oblige à uti­li­ser :

  • sur iOS, un cla­vier pen­sé pour la sai­sie de numé­ros de télé­phone, donc pas top
  • Sur Windows Phone et Android, un cla­vier plus adap­té, sans carac­tères inutiles et avec un sépa­ra­teur déci­mal. Malgré cela je n’aime pas trop leur dis­po­si­tion (voir plus bas).

De plus, le cla­vier natif appa­rait à l’appui sur un champ. C’est bien dans une page com­plexe, mais ici il est plus per­ti­nent d’avoir une mise en page sans scroll, avec les champs fixes et le cla­vier tou­jours pré­sent.

Enfin, pour uti­li­ser le cla­vier numé­rique natif, il faut que l’élément <input> soit de type number. Ca pose cer­taines contraintes, car l’API a été pen­sée pour un contrôle de vali­di­té dyna­mique mais après coup : c’est seule­ment quand l’utilisateur sort du champ que le champ signale l’erreur, par exemple s’il a sai­si des lettres au lieu de chiffre. Ca rend dif­fi­cile le contrôle a prio­ri que je vou­lais, puisqu’on n’a aucun accès pro­gram­ma­tique au texte inva­lide d’un champ (value devient vide). De plus, une valeur du genre « 10, » est consi­dé­rée comme inva­lide, alors qu’il fau­drait qu’elle cor­res­ponde à un état « en cours de sai­sie », comme c’est le cas dans les bonnes biblio­thèques de ges­tion des masques de sai­sie.

Ajoutons qu’en fran­çais le sépa­ra­teur déci­mal cor­rect est la vir­gule mais cer­tains navi­ga­teurs (Firefox Mobile) ne le loca­lisent pas cor­rec­te­ment.

C’est pas une mauvaise pratique de réinventer des comportements natifs ?

Totalement. C’était jus­te­ment ins­truc­tif pour moi de voir le nombre de choses qu’il faut réim­plé­men­ter comme on peut. Le che­mi­ne­ment a res­sem­blé à ça :

  1. Je ne vou­lais pas du cla­vier, alors qu’il appa­rait par défaut, un com­por­te­ment théo­ri­que­ment non modi­fiable.
  2. Du coup, on triche en fai­sant perdre le focus à un champ dès qu’il le gagne.
  3. Du coup, il faut en gar­der en mémoire quel champ on a sélec­tion­né. Un focus cus­tom, quoi. Il faut éga­le­ment recréer un cur­seur et le pla­cer au bon endroit.
  4. Ah merde, il faut cal­cu­ler à la main la posi­tion du cur­seur.
  5. Et bien sûr ça oblige de bidouiller pour obte­nir la lar­geur d’un carac­tère (l’unité ch aurait été par­faite mais Chrome ne la sup­porte pas). Donc l’outil ne marche qu’avec des polices à chasse fixe (mono­space).

Je vous passe les sub­tiles dif­fé­rences de com­por­te­ment entre navi­ga­teurs, notam­ment dans la ges­tion des évè­ne­ments focus et click. Bref, le tout marche mais n’est pas ultra robuste ni fran­che­ment réac­tif et le code est sans doute encore moins propre et modu­laire que la der­nière fois.

Pourquoi cette disposition de clavier ?

Vu qu’on est dans la sai­sie de mon­naie je me suis rap­pro­ché de la conven­tion des cal­cu­lettes, avec le 9 en haut à droite. En plus, la pro­gres­sion des chiffres du bas vers le haut suit le mou­ve­ment de la main ou du doigt propre au mobile.

Gravir les échelles du design

Petite mission et pied dans la porte

En 2007, Michael Beirut décri­vait com­ment il gra­vis­sait l’échelle des enjeux pour gagner en légi­ti­mi­té :

The client asks you to desi­gn a busi­ness card. You respond that the pro­blem is real­ly the client’s logo. The client asks you to desi­gn a logo. You say the pro­blem is the entire iden­ti­ty sys­tem. The client asks you to desi­gn the iden­ti­ty. You say that the pro­blem is the client’s busi­ness plan. And so forth. One or two steps later, you can claim whole indus­tries and vast his­to­ri­cal forces as your pur­view. The pro­blem isn’t making some­thing look pret­ty, you fool, it’s world hun­ger !

Boy that escalated quickly

Toute la SNCF dans un papelard

Dans ce mille-feuilles d’enjeux, les couches supé­rieures struc­turent celles du des­sous. Dans les cas extrêmes, un objet ano­din encap­sule une bonne par­tie de la com­plexi­té de tout l’édifice. Exemple : les 36 don­nées pré­sentes sur un billet de la SNCF, com­men­tées ici.

Billet SNCF

Dans le même genre, j’ai récem­ment aidé à conce­voir d’un outil per­met­tant aux enca­drants d’une entre­prise de sai­sir un nombre, lequel était syn­di­ca­le­ment et poli­ti­que­ment sen­sible. Potentiellement, l’outil aurait pu se résu­mer à un champ et un bou­ton de vali­da­tion : cha­cun sai­sit le nombre pour son péri­mètre, qui sera agré­gé en une stat glo­bal – et bas­ta. Dans les faits, tout a été dis­cu­té : quand doit-il être sai­si, avec quelle régu­la­ri­té, selon quelle méthode d’estimation (le cor­pus juri­dique four­nis­sant seule­ment un cadre géné­ral), com­ment inci­ter les gens à le faire sans perdre en rigueur, etc.

Bref, beau­coup de ques­tions sou­vent inat­ten­dues pour un seul champ, alors qu’on était bien pla­cés auprès de l’échelle des déci­deurs. C’est ce que tentent de faire beau­coup de gens : s’attaquer à un pro­blème par la racine et pas par la petite porte, en ayant d’emblée une posi­tion assez influente pour vrai­ment chan­ger les choses. Faire du desi­gn stra­té­gique, de la stra­té­gie UX, de la conduite du chan­ge­ment, etc.

C’est facile à dire

Dans un pro­jet, il est bon d’être res­pon­sable de son niveau, consul­té pour le niveau +1 et au cou­rant du niveau +2. Exemple : vous êtes res­pon­sable des IHM, on vous consulte sur les choix fonc­tion­nels et on vous tiens au cou­rant du rai­son­ne­ment der­rière les orien­ta­tions stra­té­giques. Il peut y avoir des niveaux en des­sous (décli­nai­son des IHM) et au des­sus. Si vous avez besoin de gra­vir un éche­lon pour faire du bon tra­vail et que vous y par­ve­nez (par exemple lors du pro­jet sui­vant), tant mieux, mais :

  1. C’est plus facile à dire qu’à faire.
  2. Il est dif­fi­cile de suivre ou de s’occuper de trop de niveaux en même temps.

Qui es-tu et d’où parles-tu ?

Ces réflexions m’amènent à un article récent de Donald Norman et Pieter Jan Stappers. Son pro­pos est que si on monte très haut dans les éche­lons, on arrive au niveau de sys­tèmes socio-techniques com­plexes, qui posent des défis spé­ci­fiques :

  • Inter-dépendance des élé­ments
  • Relations cau­sales non-linéaires et non-séquentielles
  • Latences longues et impré­dic­tibles
  • Echelles mul­tiples
  • Données opé­ra­tion­nelles chan­geantes

Ces thèmes sont bien connus en théo­rie de la com­plexi­té mais c’est inté­res­sant de les voir convo­qués dans le domaine de la concep­tion centrée-utilisateur.

Hélas, l’article manque de réflexi­vi­té : les auteurs auraient pu se deman­der per­son­nel­le­ment quelles posi­tions ils ont dans leurs inter­ven­tions. Don fucking Norman n’a pas le même pres­tige quand il débarque dans un pro­jet que le concep­teur en « desi­gn public » évo­qué ici et sta­giaire à l’époque, même s’ils tra­vaillent sur des sujets simi­laires. Comme on disait dans le temps : « qui es-tu et d’où parles-tu ? » Bref, tout est affaire de contexte : à quel stade commence-t-on, avec quelle mis­sion offi­cielle, com­man­di­té par qui, et cete­ra et cete­ra.

Cogner à son ordi

Ces temps-ci, j’ai l’occasion d’utiliser un Thinkpad (X230 pour les ama­teurs). Ces ordi­na­teurs por­tables sont dotés d’une petite lampe en haut de l’écran, pour l’éclairer quand la lumière ambiante est trop faible. Un rac­cour­ci cla­vier (Fn+Espace) per­met de l’éteindre et de l’allumer ins­tan­ta­né­ment.

Très natu­rel­le­ment je me suis dit : «  hey avec ça on peut com­mu­ni­quer en morse  ». Je n’ai pas été le pre­mier à y pen­ser : voi­ci un outil qui conver­tit du texte en morse et l’envoie direc­te­ment à la lampe, et le témoi­gnage de quelqu’un dont la lampe envoie S.O.S en boucle et qui n’arrive pas à l’arrêter.

En fai­sant mes recherches, je suis tom­bé sur un hack assez dif­fé­rent mais encore plus jouis­sif : uti­li­ser l’accéléromètre d’un ordi por­table pour détec­ter quand on toque des­sus. Certains ordi­na­teurs ont un cap­teur de ce genre pour détec­ter une chute et désac­ti­ver le disque dur, mais on peut en tirer par­ti pour jouer, enre­gis­trer les séismes ou détec­ter des coups. On peut ain­si sor­tir son ordi­na­teur de veille avec un rythme de coups qu’on aura défi­ni.

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L’idée du secret knock a été reprise par des apps de déver­rouillage de porte. Plus lar­ge­ment, on peut taper pour allu­mer l’écran de son smart­phone LG, pour déver­rouiller son ordi­na­teur depuis son télé­phone (en pho­to), etc.

J’aime le fait qu’on uti­lise un sen­seur interne, conçu pour détec­ter les mou­ve­ments propres de l’appareil, pour un usage externe. J’aime aus­si le fait que l’ordinateur devient entiè­re­ment un bou­ton : on peut appuyer des­sus n’importe où.

J’aime enfin l’idée de détour­ner les com­po­sants de banals ordi­na­teurs pour en faire des inter­faces tan­gibles dignes du MIT Media Lab. Il y a cer­tai­ne­ment plein d’usages mar­rants et de cho­ré­gra­phies com­plexes à ima­gi­ner, à par­tir d’un bête toc-toc et d’une simple lampe. Jeu musi­cal ? Discussions dis­crètes en salle de classe ? Détecter l’humeur des gens sui­vant les chocs que reçoit l’appareil ?

Et puis ça me per­met de citer le roman Cryptonomicon, et une scène de dénoue­ment où le héros, pri­son­nier et convain­cu que sa cel­lule et son ordi­na­teur sont pleins de mou­chards, passe des infor­ma­tions vitales en code morse via le voyant CAPS LOCK de son ordi­na­teur :

How does Randy know that there is a site cal­led Golgotha, and how does he know its real coor­di­nates ? His com­pu­ter told him using Morse code. Computer key­boards have LEDs on them that are essen­tial­ly kind of use­less : one to tell you when NUM LOCK is on, one for CAPS LOCK, and a third one whose pur­pose Randy can’t even remem­ber. And for no rea­son other than the gene­ral belief that eve­ry aspect of a com­pu­ter should be under the control of hackers, someone, somew­here, wrote some libra­ry rou­tines cal­led XLEDS that make it pos­sible for pro­gram­mers to turn these things on and off at will. And for a month, Randy’s been wri­ting a lit­tle pro­gram that makes use of these rou­tines to out­put the contents of a text file in Morse code, by fla­shing one of those LEDs. And while all kinds of use­less crap has been scrol­ling across the screen of his com­pu­ter as camou­flage, Randy’s been hun­ched over gazing into the sub­li­mi­nal chan­nel of that blin­king LED, rea­ding the contents of the decryp­ted Arethusa inter­cepts. One of which says : THE PRIMARY IS CODE NAMED GOLGOTHA. COORDINATES OF THE MAIN DRIFT ARE AS FOLLOWS : LATITUDE NORTH (etc.)

Mille et une manieres de saisir des nombres

En sché­ma­ti­sant, on peut dis­tin­guer deux manières de sai­sir des nombres : avec une « échelle » et avec un cla­vier.

Échelles

Dans le pre­mier cas, on choi­sit une bonne valeur sur une échelle conti­nue, avec un cur­seur ou un sty­let. L’échelle peut être linéaire (comme sur l’Arithmomètre) ou cir­cu­laire (comme sur la Pascaline ou un télé­phone à cadran). L’échelle est par­fois impli­cite, comme sur la Curta où seule la valeur sélec­tion­née est affi­chée.

Pascaline
Pascaline
Curta
Curta

L’Arithmomètre fut très popu­laire jusqu’à la moi­tié du XXe siècle, que ce soit l’appareil d’origine inven­té par Tomas de Colmar ou la variante de Odhner, dotée d’un nou­veau méca­nisme. Notez que son usage était assez fas­ti­dieux : il fal­lait remettre le total à zéro, sai­sir un nombre puis le vali­der par un grand tour de mani­velle (voir la vidéo plus bas).

L’Addiator est un peu dif­fé­rent. Dans cette cal­cu­la­trice de poche ven­due à par­tir de 1920 (et impres­sion­nante de com­pa­ci­té pour l’époque), un sty­let inté­gré per­met de pous­ser une encoche cor­res­pon­dant à un chiffre jusqu’à une butée. Quand le cal­cul implique une rete­nue, il faut pous­ser l’encoche jusqu’à la faire chan­ger de colonne.

Claviers

Un cla­vier peut être un pavé de dix chiffres, ou bien une grille de nombres à sai­sir direc­te­ment.

Les pavés à dix chiffres sont le plus sou­vent dis­po­sés en trois colonnes, comme sur cer­taines cal­cu­lettes (inven­té par David Sunstrand, 1911) ou sur les télé­phones depuis les tra­vaux de Chapanis aux labo­ra­toires Bell. Pour les cal­cu­lettes, on ne trouve his­to­ri­que­ment pas de rai­son­ne­ment par­ti­cu­lier pour avoir orga­ni­sé les chiffres du bas vers le haut (source), alors que l’ordre des chiffres sur un télé­phone, du haut vers le bas, a été minu­tieu­se­ment étu­dié. Voici par exemple 17 alter­na­tives qui on été tes­tées et lais­sées de coté :

bell

Ils peuvent être dis­po­sés sur deux lignes, comme sur cer­tains cla­viers « sécu­ri­sés » de sites ban­caires ou comme le pre­mier cla­vier de cal­cu­lette à dix chiffres com­mer­cia­li­sé.

ing direct
ING direct

On appelle sou­vent le second type de cla­vier un Comptomètre. Il est inté­res­sant car pen­sé pour l’usage par­ti­cu­lier des cais­siers ou des com­mis de bureau devant addi­tion­ner des séries de valeurs. Les nombres sont dis­po­sés en colonne, avec depuis la droite les uni­tés, dizaines, cen­taines, etc. Si on en reste à l’addition, ces appa­reils sont très effi­caces : il suf­fit d’appuyer direc­te­ment sur les nombres vou­lus, sans vali­da­tion, et l’addition est affi­chée pro­gres­si­ve­ment en bas. Il n’y pas de bou­tons pour les dif­fé­rents opé­ra­tions ni pour le =. Il n’y a pas non plus besoin de zéro : 200 cor­res­pond au 2 sur la troi­sième colonne. Comme on le voit sur la pho­to, seule l’unité est affi­chée sur chaque touche. Le chiffre en petit sur la gauche est le com­plé­ment du chiffre prin­ci­pal et sert aux sous­trac­tions selon une méthode assez savante.

Un comptomètre de marque Sumlock
Un comp­to­mètre de marque Sumlock

Ces appa­reils ont don­né lieu à des consi­dé­ra­tions ergo­no­miques tout à fait modernes :

  • Usages inat­ten­dus : les uti­li­sa­teurs experts n’utilisaient guère les nombres en haut des colonnes, puisqu’il était plus facile de taper deux fois 4 plu­tôt que mon­ter la main jusqu’au 8.
  • Soucis de clar­té : les colonnes étaient colo­riées dif­fé­rem­ment et deux revê­te­ments dif­fé­rents étaient uti­li­sés sur les touches, en alter­nance sur chaque ligne.
  • Conception holis­tique : pour évi­ter de trop lever le bras, des bureaux spé­ciaux étaient uti­li­sés avec un encas­tre­ment pour abais­ser la machine.

Pour aller plus loin

Des sites his­to­riques spé­cia­li­sés :