Sur quelques anicroches avec les applications universelles de Windows 10

illus écosystème apps

La double erreur de Windows 8, c’était de vou­loir for­cer un para­digme tac­tile sur un OS clas­sique et en plus de le faire coha­bi­ter avec une inter­face de type desk­top. Cela entrai­nait des trucs aber­rants comme les appli­ca­tions « Metro » ouvertes et pour­tant absentes de la barre des tâches du bureau.

Avec Windows 10, la stra­té­gie de Microsoft parait plus maligne et peut se résu­mer ain­si : mes don­nées per­so syn­chro­ni­sées par­tout, sur des applis trans-plateforme (télé­phone, ordi, Xbox…) mais dotées d’une UI s’adaptant au contexte (taille de l’écran, sou­ris ou tac­tile…).

Parenthèse : ils pour­suivent ain­si un tra­vail assez nova­teur en matière de res­pon­sive desi­gn – j’en a par­lé ici.

Prenez OneNote : non seule­ment les bou­tons du ruban deviennent plus com­pacts quand on réduit la lar­geur de l’écran, mais c’est même l’organisation de l’app qui change, puisque la liste des notes est relé­guée dans une vue dédiée et un bou­ton retour appa­rait pour y accé­der.

Le pro­blème, c’est que le tra­vail d’adaptation a été minime pour beau­coup des nou­velles appli­ca­tions natives. Par exemple, dans une fenêtre étroite Groove Music marche très bien – nor­mal, elle est très proche de sa contre­par­tie sur Windows 10 Mobile. Mais redi­men­sion­ner la fenêtre ne tire pas du tout par­tie de la taille d’écran. Le conte­nu est décou­pé en plein de vues étri­quées : pour se faire une idée glo­bale de ce que j’ai d’un artiste en local, je dois ouvrir sa fiche, puis cli­quer sur un album ou sur « Vue Morceaux ». N’importe quel lec­teur de musique digne de ce nom montre deux niveaux à la fois : des artistes et leurs albums res­pec­tifs, ou les albums d’un artiste avec ses chan­sons. iTunes montre même les trois niveaux : artistes, albums et chan­sons.

iTunes Artist View

Plus géné­ra­le­ment, j’ai rele­vé trois pro­blèmes presque sys­té­ma­tiques dans ces nou­velles appli­ca­tions.

Premier problème : ☰

L’utilisation du bou­ton « ham­bur­ger » sur mobile est dis­cu­table mais com­pré­hen­sible. Sur desk­top ça l’est moins, sur­tout quand c’est de manière non-conventionnelle. Dans les « grosses » appli­ca­tions, il sert d’interrupteur pour masquer/afficher les libel­lés du menu. Dans les appli­ca­tions légères, il fait appa­raitre ces libel­lés tem­po­rai­re­ment (comme un « flyo­ver » ou « popo­ver »). Comme on le voit dans cette ani­ma­tion, ce n’est pas d’une uti­li­té ren­ver­sante eu égard à sa posi­tion pré­émi­nente.

Oui, c’est bien le Menu démar­rer, même lui y a droit. Un menu de navi­ga­tion avec son propre bou­ton de navi­ga­tion, mer­ci Microsoft. L’icône habi­tuel­le­ment la plus struc­tu­rante d’une app est trans­for­mée en simple post-it, puisque cli­quer des­sus sert juste à rap­pe­ler la signi­fi­ca­tion des icônes. Si celle-ci posait vrai­ment pro­blème il y avait d’autres solu­tions, comme affi­cher tous les titres de menu lors d’un sur­vol pro­lon­gé. Courrier est le seul cas où ce ham­bur­ger est jus­ti­fié puisqu’il pré­sente de vraies dif­fé­rences de conte­nu entre modes com­pact et com­plet.

Deuxième problème : …

La barre de com­mandes com­prend une icône en points de sus­pen­sion. C’est encore un décalque du mobile, qui trans­gresse au pas­sage des conven­tions desk­top, sans gain évident. Elle ouvre des com­mandes sup­plé­men­taires et fait appa­raitre le nom de toutes les cônes.

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Elle pré­sente quatre pro­blèmes :

  1. Ces libel­lés rem­placent l’infobulle au sur­vol, alors que c’est une conven­tion ancienne et répan­due.
  2. Ces libel­lés ne sont pas omni­pré­sents : cer­taines appli­ca­tions ont les points de sus­pen­sion mais affichent le libel­lé en per­ma­nence à côté (Photos, Alarme), ou uti­lisent une info­bulle (Edge).
  3. Il n’y a par­fois qu’une seule entrée dans le menu (Cf. les apps Téléphone et Messages)
  4. Il n’y a par­fois aucun menu et cli­quer des­sus affiche juste les libel­lés. Le plus ridi­cule est qu’il n’y a par­fois qu’une seule icone et donc qu’un seul libel­lé à affi­cher.

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Si c’était un bonus, le com­por­te­ment ne serait pas une mau­vaise idée puisqu’il enseigne en pas­sant aux uti­li­sa­teurs la signi­fi­ca­tion des pic­to­grammes. Mais rem­pla­cer une conven­tion archi-classique par un com­por­te­ment plus lourd n’est pas très une bonne idée.

Problème annexe : cette barre de com­mandes est le plus sou­vent en haut, mais pas tou­jours. Exemple : l’Enregistreur vocal.

Troisième problème : ⇐

Terminons par le bou­ton retour : il appa­rait à gauche du titre, à la place de la tra­di­tion­nelle icône de l’application. Pourquoi pas, ça s’inscrit dans la ten­dance de rem­plir la barre de titre ou de la fusion­ner avec d’autres. Mais c’est gênant en pra­tique et en théo­rie.

C’est gênant en pra­tique car l’implémentation est mal fichue. L’historique de navi­ga­tion est à la fois lacu­naire (dans les para­mètres sys­tème le Retour passe d’une vue avan­cée à l’accueil en sau­tant une vue inter­mé­diaire) et pol­lué par des étapes inutiles. Par exemple le chan­ge­ment de rubrique est enre­gis­tré. Si vous ouvrez vingt fois les rubriques A puis B puis A B… de la barre de navi­ga­tion ver­ti­cale puis cli­quez vingt fois sur le bou­ton retour, vous rou­vri­rez vingt fois ces rubriques. Autre exemple : lors d’une recherche dans la Boutique, chaque chan­ge­ment de filtre ajoute une étape à l’historique alors que dans ce contexte le retour devrait seule­ment être hié­rar­chique.

À noter que ces deux exemples violent les direc­tives de concep­tion de Microsoft. Pas bien.

Plus fon­da­men­ta­le­ment, ce bou­ton retour est gênant dans son prin­cipe. Dans un envi­ron­ne­ment contraint (le mobile) ou hété­ro­gène (navi­ga­teur, avec des sites tous dif­fé­rents), avoir une fonc­tion cen­tra­li­sée pour balayer le moindre état pas­sé de l’UI a un sens, car ça donne une ligne de sur­vie à l’utilisateur. À tout ins­tant je peux reve­nir exac­te­ment où j’étais, même en ayant oublié com­ment j’y suis arri­vé. Tout ce que j’ai à connaître, c’est le bou­ton retour. Alors qu’un OS de bureau four­nit à l’écran plus de capa­ci­tés de navi­ga­tion et peut donc se pas­ser d’une telle pana­cée.

Contrairement aux pro­blèmes pré­cé­dents, cette fonc­tion est moins une erreur basique qu’une réponse inadap­tée à une ques­tion com­pli­quée. J’aurais sim­ple­ment pré­fé­ré que Microsoft ajoute ce bou­ton au cas par cas, quand c’était vrai­ment néces­saire : Word et Courrier n’en ont pas, Groove Music n’aurait pas dû en avoir, mais le Store en a un et c’est jus­ti­fié vu la pro­fon­deur de son arbo­res­cence. Voici com­ment Apple ajoute un bou­ton retour glo­bal à cer­taines appli­ca­tions (Photos, Mac App Store).

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Archéologie des interfaces – Ou pourquoi il ne faut pas faire une refonte à moitié

Précédemment, je par­lais du manque de cohé­rence entre les appli­ca­tions de Pocket. Il s’agissait pour beau­coup de points iso­lés qui s’accumulaient, alors que les exemples sui­vants sont plus graves : les inter­faces sont inco­hé­rentes dans leur prin­cipe.

L’histoire est cou­tu­mière : un site Web entame une grosse refonte pour se moder­ni­ser. On voit arri­ver une page d’accueil flam­bante neuve et dif­fé­rents gaba­rits plus sobres et mieux pen­sés. Cela dit, quand on cherche dans les coins on trouve quelques pages qui ne res­pectent pas la nou­velle charte. Mais bon c’est pas grave, qui se sou­cie des men­tions légales et des pages d’erreur 404.

Parfois, ce sont des pans entiers d’un site qui détonnent. Exemple : Pôle Emploi, dont la page d’accueil res­semble actuel­le­ment à ça :

Page d'accueil Pole Emploi

Pas mal pas mal. Sauf que cette « révo­lu­tion numé­rique  », « user-centric et dis­rup­tive  », n’est pas encore allée très loin. Dès qu’on se connecte on retombe sur l’ancien, avec un style et une struc­ture lar­ge­ment dif­fé­rente, et une uti­li­sa­bi­li­té sur laquelle je ne m’étendrai pas. J’ajoute aus­si une cap­ture de l’espace pour entre­prise, qui a une gueule encore dif­fé­rente.

Page particuliers Pole Emploi

Page entreprise Pole Emploi

Bien sûr, je sais ce que c’est. Il y a des contraintes de temps et d’argent et je n’ose ima­gi­ner les décen­nies de dette tech­nique et d’inertie archi­tec­tu­rale pour ce genre de gros SI. Ce qui semble pour l’utilisateur une sec­tion par­mi d’autres est peut-être un module à part, avec une tech­no­lo­gie incom­pa­tible et géré par un dépar­te­ment dif­fé­rent (une bonne illus­tra­tion du prin­cipe de Conway). Je ne doute pas que les gens qui y tra­vaillent soient les pre­miers frus­trés. Mais bon, l’homogénéisation est pré­vue pour une V2, hein ? Hein ?

Sauf que ce n’est pas tou­jours le cas. Parfois, au fil des refontes ou des ajouts, les diver­gences s’aggravent au lieu de se résor­ber. Le site de la MAAF a trois gaba­rits lar­ge­ment hété­ro­gènes, tan­tid que le site des impôts en a quatre (ou disons deux avec des fortes variantes cha­cun), plus désuets à mesure que l’on s’enfonce dans les pro­fon­deurs du site. L’absence de cohé­rence se res­sent, car à l’utilisation l’on est faci­le­ment ame­né à pas­ser d’un gaba­rit à l’autre. Oh, encore un autre exemple avec deux screen­shots de l’espace client d’EDF ici et ici.

MAAF

MAAF

MAAF

MAAF

impots.gouv.fr

impots.gouv

impots.gouv

impots.gouv

impots.gouv

Windows, ce palimpseste

Microsoft est un spé­cia­liste pour ajou­ter des couches d’IHM à Windows sans réno­ver ou enle­ver les anciennes. C’est par­fois une preuve de saga­ci­té (le sélec­teur de cou­leur est cor­rect et à peine bou­gé) en vingt ans, par­fois d’immobilisme (il a fal­lu quinze ans et Vista pour avoir une réelle mise à jour de Paint). Ce que je trouve le plus fas­ci­nant, c’est le pan­neau de confi­gu­ra­tion : avec ses suc­ces­sions de pan­neaux tou­jours plus avan­cés et vieillots, on tra­verse une bonne par­tie de l’histoire du sys­tème d’exploitation.

D’abord, l’accueil datant de Windows 10. Ensuite, celui datant de XP. Les deux suivent le même concept : une grille d’icônes ouvrant des fenêtres maxi­mi­sées dotées avec une barre de navi­ga­tion laté­rale. Mais mys­té­rieu­se­ment, les deux ont été conser­vés. Il y a donc des fenêtres redon­dantes (Désinstaller des pro­grammes), d’autres qui n’ont pas été migrées vers la charte Windows 10 (Centre de réseau et par­tage).

Parametres Windows

Panneau de configuration Windows 10

Ensuite, on arrive aux pan­neaux à taille fixe et à onglets, qui datent de Windows 95. Les para­mètres de l’explorateur de fichiers en est le meilleur exemple : à part le retrait et sur­tout l’ajout de cer­taines options, il n’a pas bou­gé en vingt ans – et il en aurait bien besoin, avec cette liste inter­mi­nable dans un cadre minus­cule.

Options de l'explorateur de fichier

Un dernier exemple

L’historique de Google Chrome ne res­semblent pas aux favo­ris, qui ne res­semblent pas du tout à la fenêtre de télé­char­ge­ment (voir screen­shots). C’est appa­rem­ment tem­po­raire, mais pour­quoi une tran­si­tion aus­si désor­don­née vers le Material Design ?

Pocket et la cohérence c’est pas trop ça

Pocket est un ser­vice de lec­ture dif­fé­rée plu­tôt chouette et dis­po­nible offi­ciel­le­ment sur cinq pla­te­formes. Hélas, les inter­faces de ces dif­fé­rentes pla­te­formes souffrent d’un cer­tain manque d’homogénéité. C’est même car­ré­ment le bor­del. J’ai fait un tableau de ces inco­hé­rences.

Dans l'ordre, la barre de navigation des versions Web, Android, Windows et Mac
Dans l’ordre, la barre de navi­ga­tion des ver­sions Web, Android, Windows et Mac

Notez bien que :

  • Je me suis concen­tré sur l’accès aux fonc­tions concer­nées. Il y a d’autres inco­hé­rences : dans le reste de la pro­cé­dure (ex : ajout d’items sur Mac, modi­fi­ca­tion grou­pée sur iPad), dans le choix des pic­to­grammes (mode d’affichage sur Windows), dans le concept de base (prin­cipe de double pan­neau avec l’article à droite sur Mac)…
  • Un « non » dans le tableau signi­fie que la fonc­tion est pure­ment absente.
  • Le site web est res­pon­sive mais je n’ai inclus que la ver­sion « grand for­mat ».
  • J’ai regrou­pé Paramètres et Aide par com­mo­di­té car ils sont tou­jours pla­cés à côté.

Le tableau, je trouve, montre bien l’étendue des diver­gences :

  • une moi­tié des fonc­tions est indis­po­nible sur au moins une pla­te­forme.
  • Aucune fonc­tion étu­diée n’est par­fai­te­ment homo­gène (c’est-à-dire offrant un accès iden­tique sur toutes les ver­sions).
  • Sur les cinq pla­te­formes, on dénombre quatre accès dif­fé­rents pour trois fonc­tions

Certaines diver­gences sont faci­le­ment expli­cables :

  • Pocket suit par­fois les conven­tions propres à chaque pla­te­forme. Par exemple, sur Android, les para­mètres se trouvent habi­tuel­le­ment dans le menu en haut à droite (celui acces­sible par les trois points) et ce menu n’a pas d’équivalent sur iOS.
  • Certaines fonc­tions ont moins d’intérêt sur cer­taines pla­te­formes, par exemple un affi­chage en grille sur un petit smart­phone.
  • Il y a tou­jours une cer­taine iner­tie dans le déve­lop­pe­ment multi-plateformes et il n’est pas facile d’avoir une feuille de route uni­fiée dans le moindre détail.

Mais ça n’explique pas l’ampleur du pro­blème. J’y vois sur­tout un manque de volon­té des créa­teurs. Par exemple, la ver­sion Windows / Chrome OS uti­lise les même tech­no­lo­gies que la ver­sion web (en gros c’est une web app lan­cée en local). Les deux devraient donc être rela­ti­ve­ment faciles à faire conver­ger, pour­tant la ver­sion Windows est l’une des plus diver­gentes.

Un fac­teur sup­plé­men­taire d’incohérence est tem­po­rel : des mises à jour modi­fient fré­quem­ment les inter­faces et ajoutent à la confu­sion. Je ne sau­rais dire si l’homogénéité est ten­dan­ciel­le­ment crois­sante.

Foin de bla­bla, voi­ci le tableau.

Fonction iPad Android Web Windows Mac # de divergences
Nav principale Menu hamburger Menu hamburger À gauche Menu déroulant central Non 3 + 1 non
Filtrer par labels Menu hamburger Menu hamburger À gauche 1e ligne, droite En bas 4
Filtrer par type d'articles Menu hamburger Menu hamburger À gauche Gauche, 1e ligne Première ligne 4
Paramètres et aide Menu hamburger Menu, droite Menu, droite Menu déroulant central Barre de menus native 4
Premium Menu hamburger Menu hamburger Menu, droite Menu déroulant central Non 3 + 1 non
Messagerie Menu hamburger Menu hamburger 1e ligne, droite Non Non 2 + 1 non
Modification groupée Menu, droite ou tap long sur item Menu, droite 2e ligne, droite Non Non 2 + 1 non
Ajout d'items Gauche, 1e ligne Non 1e ligne, droite Gauche, 1e ligne Barre de menus native 3
Recherche 1e ligne, droite 1e ligne, droite 1e ligne, droite 1e ligne, droite En bas 2
Mode d'affichage 1e ligne, droite Non 2e ligne, droite Gauche, 1e ligne Non 2 + 2 non

Observatoire des utilisabilités : le texte tronqué

C’est aga­çant quand une inter­face à base de tableaux ou de grille tronque les libel­lés, les ren­dant incom­pré­hen­sibles. Dans les exemples sui­vants (res­pec­ti­ve­ment Vimeo et l’iTunes Store), beau­coup d’importance est accor­dée aux images alors qu’elles ne sont guère infor­ma­tives. La grille est tel­le­ment contrai­gnante que les liens sont faci­le­ment trop longs et se retrouvent lar­ge­ment tron­qués. Il faut donc pas­ser la sou­ris sur cha­cun d’entre eux pour avoir une info­bulle et com­prendre de quoi parlent les confé­rences. Non mais fran­che­ment.

Usability fail : Vimeo
Usability fail : Vimeo

Usability fail : iTunes
Usability fail : iTunes

Nouvelle interface de Firefox : premières impressions

Mozilla a livré la première version utilisable de la nouvelle interface pour Firefox, baptisée Australis. On peut l’essayer ici. Mes premières impressions sont mitigées.

Comparaison entre Chrome et Firefox (nouvelle version)
  • Firefox est en bas. Des onglets incurvés et pas obliques et quelques différences au niveau des boutons de navigation, c’est à peu près la seule différence avec Google Chrome. La marge de manœuvre pour innover graphiquement est certes assez étroite, puisque les interfaces des navigateurs sont de plus en plus minimalistes et que l’icône de droite devient presque une norme. Tout de même, un peu d’originalité n’aurait pas fait de mal, ne serait-ce qu’en termes d’image. J’aimais bien la séparation avec les boutons de fenêtre dans ce prototype, mais ça n’a pas l’air d’avoir été retenu.

  • Vouloir alléger l’interface et rendre plus discrets les onglets non-sélectionnés était louable, mais cela crée deux problèmes. D’abord, on se retrouve avec deux thèmes d’onglets différents au lieu d’une variation sur le même thème. Alors qu’auparavant l’onglet non-sélectionné était simplement grisé, il change maintenant totalement d’apparence. Par soucis de cohérence, il aurait fallu aller jusqu’au bout de l’idée et mettre des onglets incurvés partout. Ensuite, il y a tellement peu de chrome qu’on perd en structure. Sur la capture d’écran, le favicon à gauche se balade sans qu’on puisse le rattacher visuellement à quelque chose. Si on a de nombreux onglets d’ouverts, la ligne de séparation est tellement légère qu’il est plus difficile de les distinguer entre eux. Firefox n’est pas le seul à souffrir de cette tendance au dépouillement, voyez par exemple cette impression désordonnée que donne Reeder :

  • Le menu de droite en popover est encore en travaux dont je réserve mon avis définitif mais, à mon humble avis, il y a un gros travail à faire au niveau de l’architecture de l’information et de la priorisation des tâches. Oui, la barre de menus de Mac OS a trente ans et elle embête tout le monde, mais elle est inamovible et il faut faire avec (contrairement à Windows qui s’en passe de plus en plus). Le menu de droite est là pour contourner cette barre en offrant un « best-of » des actions les plus utilisées, mais du coup c’est un méli-mélo sans grande cohérence : « imprimer » à coté de « historique », il y a l’historique mais pas les marque-pages, etc.

  • Un an et demi après la sortie de Mac OS Lion, les barres d’ascenseur ne sont toujours pas conformes : elles ne disparaissent pas quand on ne scrolle pas et ont toujours une zone réservée. Si j’en crois leur bug tracker, ça devrait finir par arriver, mais saperlipopette quoi.

Une petite critique d’iTunes 11

Je prends habi­tuel­le­ment soin de res­ter à l’écart des dis­cus­sions sur la conver­gence entre iOS et Mac OS et sur la mau­vaise influence que le pre­mier aurait sur le second. Pourtant, avec la sor­tie d’iTunes 11, j’ai un exemple par­fait de modèle d’interaction ins­pi­ré par iOS et qui m’a beau­coup dérou­té.

J’ai vou­lu essayer le menu en « popo­ver » qui appa­rait au sur­vol près d’une chan­son, d’un album ou d’un artiste. Je vou­lais mettre une chan­son dans une play­list, donc j’ai pas­sé le cur­seur sur « ajou­ter à ». Là, rien ne s’est pas­sé. J’ai com­men­cé à ima­gi­ner des trucs, par exemple qu’iTunes avait per­du mes play­lists, d’ailleurs la flèche a l’air gri­sé, d’ailleurs au démar­rage un mes­sage m’avait dit que ma biblio­thèque devait être conver­tie. La solu­tion est la plus bête qui soit : il faut cli­quer pour accé­der au sous-menu.

itunes

C’est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire : trom­per les attentes de l’utilisateur. Ce menu a la même fonc­tion qu’un menu contex­tuel et y res­semble au pre­mier abord, mais en fait non : le sous-menu appa­rait dans la même fenêtre au lieu de sur­gir à droite. Cela évite le pro­blème clas­sique des menus et de la tra­jec­toire sub­tile qu’il demandent, mais on perd à tous les autres niveaux :

  • Le menu contex­tuel clas­sique est acces­sible en cliquant-droit n’importe où sur la ligne de la piste concer­née. A contra­rio, ima­gi­nez le tra­jet qu’il faut faire sur un iMac 27” pour accé­der au bou­ton du nou­veau menu popo­ver.
  • Il faut un clic en plus à chaque fois.
  • Comme je l’ai dit, on trompe les habi­tudes de l’utilisateur, tout en conser­vant le menu clas­sique. L’idée est sans doute d’avoir un menu plus acces­sible et moins char­gé, mais du coup on se retrouve avec un sys­tème bâtard, où le menu clas­sique est rem­pli d’options rare­ment uti­li­sées (« créer une ver­sion AAC », « conver­tir les balises ID3 ») ou qui ne sont que des ves­tiges des ver­sion pré­cé­dentes. Notamment, il me semble que « déco­cher la sélec­tion » n’a plus aucun effet (nor­mal : les check­boxes pour chaque piste ont dis­pa­ru).

Je ne dis pas que ce sys­tème très mar­qué par iOS est, dans l’absolu, mau­vais sur Mac OS, mais en l’état, c’est un ilot de logique tac­tile au milieu du reste et c’est d’une uti­li­sa­bi­li­té contes­table.

Windows Phone : un an après

J’ai un Windows Phone : le Lumia 800. Il est à la fois beau et ergo­no­mique, une par­faite illus­tra­tion de la conver­gence entre forme et fonc­tion. Je l’aime. C’est au niveau du logi­ciel que ça se com­plique.

Qu’on me rende mes gradients

Windows Phone est bien, mais après un an d’utilisation, il m’ennuie un peu. Le look & feel est un peu gla­cial. Les aplats de cou­leurs vives, à force, ça fatigue les yeux et lasse l’esprit. Toutes les appli­ca­tions se res­semblent, ou bien jurent avec le reste de l’OS. Ces défauts sont le revers de l’approche trop sys­té­ma­tique de Microsoft en matière de desi­gn. Il faut saluer l’audace qu’a eu l’éditeur de par­tir de zéro, Windows Phone est a été conçu avec un lan­gage simple, cohé­rent et doté d’une forte iden­ti­té. Cette approche a payé, jusqu’à un cer­tain point : l’OS ne com­met jamais de faute de goût et on est rare­ment à plus de deux actions de ce que l’on veut faire. Mais Metro, le lan­gage d’interface en ques­tion, est tel­le­ment contrai­gnant qu’il donne peu de lati­tude aux déve­lop­peurs pour inno­ver. L’idée mai­tresse, c’est de navi­guer laté­ra­le­ment entre plu­sieurs écrans, comme si le télé­phone se dépla­çait le long d’un pano­ra­ma. Il y a des variantes, mais c’est le seul sché­ma de navi­ga­tion recom­man­dé par Microsoft. Les HIG d’iOS sont assez détaillées au niveau des élé­ments de base, mais que je sache elles ne sug­gèrent pas de struc­ture de haut niveau.

De plus, Metro se veut tel­le­ment pur, numé­rique et “chro­me­less” qu’il en devient asep­ti­sé. Il doit bien y avoir un juste milieu entre le skeuo­mor­phisme débri­dé d’Apple et l’interface de Windows Phone, dénuée de tex­tures, de gra­dient ou d’éléments de mise en page. Il suf­fit d’aller sur Dribble pour voir qu’on peut faire des visuels cha­leu­reux sans tom­ber dans le kitsch.

Le pro­blème se pose éga­le­ment pour Windows 8. Beaucoup sont d’avis que la par­tie tac­tile est bonne mais mal inté­grée avec le reste de l’OS et que cela entraine une expé­rience batarde. Une cri­tique que j’ai moins enten­du est que Microsoft a réuti­li­sé aveu­glé­ment les prin­cipes de Windows Phone. A mon sens, l’idée d’avoir chaque logi­ciel en plein écran a été pous­sée trop loin. On se retrouve avec des splash screens trop mini­ma­listes (vous ima­gi­nez ça ou ça sur un écran de bureau ?) et des applis entières là où un wid­get dans un coin aurait suf­fi.

Disette d’applis

Il y a un autre pro­blème, qui ne touche pas direc­te­ment Windows Phone et que Microsoft fait [tout ce qu’il peut pour com­battre, il s’agit de l’écosystème d’applications. Pour le dire bru­ta­le­ment, c’est un peu la misère. Un cer­tain nombre d’apps connues ont une ver­sion pour Windows Phone, mais il y a tou­jours des manques. Cela dépend bien sûr des besoins de cha­cun, mais par exemple je n’ai pas de bon client pour Pocket. Si beau­coup de grands noms sont là, c’est sou­vent à retard. Par exemple, Instagram devrait arri­ver seule­ment avec la sor­tie de Windows Phone 8. Je ne parle même pas d’applis inno­vantes ou de jeux ori­gi­naux : l’immense majo­ri­té est sur iOS et par­fois, dans un second temps, sur Android.

De plus, les applis exis­tantes sont chères. Plant vs Zombies est à 5€ (contre 2.40€ sur l’iPhone). Bejeweled est à 5€ aus­si (contre 0.80€ sur iOS). Notez qu’il y a des excep­tions (Final Fantasy est un peu moins cher sur Windows Phone), que la dis­pa­ri­té de prix est moins grande dans cer­taines caté­go­ries (notam­ment les lec­teurs de flux RSS) et que tout ce qui est dif­fu­sé sur le Marketplace doit avoir une ver­sion d’essai. Je recon­nais aus­si que c’est un pro­blème épi­neux : la pau­vre­té de l’offre et les prix éle­vés sont dûs, pour beau­coup, au peu d’attrait com­mer­cial que repré­sente la pla­te­forme pour un déve­lop­peur. Malgré tout, quand on a un Windows Phone, il ne faut pas avoir des besoins en appli­ca­tions trop spé­ci­fiques ou aimer avoir la der­nière sor­tie à la mode.

Bref

Globalement je ne reste pas mécon­tent de mon achat, mais qui sait ce que sera mon pro­chain télé­phone.