Le futur sera trivial

J’aime beau­coup le concept de futur tri­vial (« futu­re mun­da­ne ») de Nick Foster, qu’il a pré­sen­té dans un arti­cle et lors d’une confé­ren­ce. Qu’est-ce à dire ?

Millenium Falcon

Thèse 1 : « dans le futur, les tables resteront branlantes » (source de la formule)

Comprendre : la tech­no­lo­gie res­te­ra impar­fai­te, sou­mi­se à l’usure, plei­ne d’imprévus, et vec­teur de désa­gré­ments, petits ou gros.

Thèse 2 : une société humaine change par accrétion.

  • Elle évo­lue selon des ryth­mes dif­fé­ren­ciés. Comme le sug­gè­re le sché­ma ci-après, la mode chan­ge plus vite que les infra­struc­tu­res.
  • Elle évo­lue de maniè­re non séquen­tiel­le : une tech­no­lo­gie n’est pas adop­tée ins­tan­ta­né­ment et uni­ver­sel­le­ment, et des tech­no­lo­gies de géné­ra­tion dif­fé­ren­te peu­vent coha­bi­ter et se mélan­ger. Pour repren­dre l’exemple favo­ri de David Edgerton, on n’a jamais autant uti­li­sé de che­vaux que pen­dant les deux guer­res mon­dia­les. Je recom­man­de d’ailleurs vive­ment les arti­cles et livres de cet his­to­rien des scien­ces.

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On peut inter­pré­ter ce concept de plu­sieurs maniè­res :

  • Pessimisme (90% des cho­ses sont nul­les et le res­te­ront).
  • Difficulté à conce­voir un sys­tè­me com­plexe en anti­ci­pant tous ses aspects. Comme le dit Frederik Pohl : « une bon­ne his­toi­re de science-fiction doit pou­voir pré­di­re l’embouteillage et non l’automobile ».
  • L’idée que cer­tains micro-phénomènes sont plus révé­la­teurs de chan­ge­ment que les jet­packs et autres voi­tu­res volan­tes.

A ce sujet, on pour­ra aus­si lire le cha­pi­tre « Futurs au quo­ti­dien » de ce livre par Nicolas Nova – d’ailleurs un col­lè­gue de Foster.

Archéologie des interfaces – Ou pourquoi il ne faut pas faire une refonte à moitié

Précédemment, je par­lais du man­que de cohé­ren­ce entre les appli­ca­tions de Pocket. Il s’agissait pour beau­coup de points iso­lés qui s’accumulaient, alors que les exem­ples sui­vants sont plus gra­ves : les inter­fa­ces sont inco­hé­ren­tes dans leur prin­ci­pe.

L’histoire est cou­tu­miè­re : un site Web enta­me une gros­se refon­te pour se moder­ni­ser. On voit arri­ver une page d’accueil flam­ban­te neu­ve et dif­fé­rents gaba­rits plus sobres et mieux pen­sés. Cela dit, quand on cher­che dans les coins on trou­ve quel­ques pages qui ne res­pec­tent pas la nou­vel­le char­te. Mais bon c’est pas gra­ve, qui se sou­cie des men­tions léga­les et des pages d’erreur 404.

Parfois, ce sont des pans entiers d’un site qui déton­nent. Exemple : Pôle Emploi, dont la page d’accueil res­sem­ble actuel­le­ment à ça :

Page d'accueil Pole Emploi

Pas mal pas mal. Sauf que cet­te « révo­lu­tion numé­ri­que  », « user-centric et dis­rup­ti­ve  », n’est pas enco­re allée très loin. Dès qu’on se connec­te on retom­be sur l’ancien, avec un sty­le et une struc­tu­re lar­ge­ment dif­fé­ren­te, et une uti­li­sa­bi­li­té sur laquel­le je ne m’étendrai pas. J’ajoute aus­si une cap­tu­re de l’espace pour entre­pri­se, qui a une gueu­le enco­re dif­fé­ren­te.

Page particuliers Pole Emploi

Page entreprise Pole Emploi

Bien sûr, je sais ce que c’est. Il y a des contrain­tes de temps et d’argent et je n’ose ima­gi­ner les décen­nies de det­te tech­ni­que et d’inertie archi­tec­tu­ra­le pour ce gen­re de gros SI. Ce qui sem­ble pour l’utilisateur une sec­tion par­mi d’autres est peut-être un modu­le à part, avec une tech­no­lo­gie incom­pa­ti­ble et géré par un dépar­te­ment dif­fé­rent (une bon­ne illus­tra­tion du prin­ci­pe de Conway). Je ne dou­te pas que les gens qui y tra­vaillent soient les pre­miers frus­trés. Mais bon, l’homogénéisation est pré­vue pour une V2, hein ? Hein ?

Sauf que ce n’est pas tou­jours le cas. Parfois, au fil des refon­tes ou des ajouts, les diver­gen­ces s’aggravent au lieu de se résor­ber. Le site de la MAAF a trois gaba­rits lar­ge­ment hété­ro­gè­nes, tan­tid que le site des impôts en a qua­tre (ou disons deux avec des for­tes varian­tes cha­cun), plus désuets à mesu­re que l’on s’enfonce dans les pro­fon­deurs du site. L’absence de cohé­ren­ce se res­sent, car à l’utilisation l’on est faci­le­ment ame­né à pas­ser d’un gaba­rit à l’autre. Oh, enco­re un autre exem­ple avec deux screen­shots de l’espace client d’EDF ici et ici.

MAAF

MAAF

MAAF

MAAF

impots.gouv.fr

impots.gouv

impots.gouv

impots.gouv

impots.gouv

Windows, ce palimpseste

Microsoft est un spé­cia­lis­te pour ajou­ter des cou­ches d’IHM à Windows sans réno­ver ou enle­ver les ancien­nes. C’est par­fois une preu­ve de saga­ci­té (le sélec­teur de cou­leur est cor­rect et à pei­ne bou­gé) en vingt ans, par­fois d’immobilisme (il a fal­lu quin­ze ans et Vista pour avoir une réel­le mise à jour de Paint). Ce que je trou­ve le plus fas­ci­nant, c’est le pan­neau de confi­gu­ra­tion : avec ses suc­ces­sions de pan­neaux tou­jours plus avan­cés et vieillots, on tra­ver­se une bon­ne par­tie de l’histoire du sys­tè­me d’exploitation.

D’abord, l’accueil datant de Windows 10. Ensuite, celui datant de XP. Les deux sui­vent le même concept : une grille d’icônes ouvrant des fenê­tres maxi­mi­sées dotées avec une bar­re de navi­ga­tion laté­ra­le. Mais mys­té­rieu­se­ment, les deux ont été conser­vés. Il y a donc des fenê­tres redon­dan­tes (Désinstaller des pro­gram­mes), d’autres qui n’ont pas été migrées vers la char­te Windows 10 (Centre de réseau et par­ta­ge).

Parametres Windows

Panneau de configuration Windows 10

Ensuite, on arri­ve aux pan­neaux à taille fixe et à onglets, qui datent de Windows 95. Les para­mè­tres de l’explorateur de fichiers en est le meilleur exem­ple : à part le retrait et sur­tout l’ajout de cer­tai­nes options, il n’a pas bou­gé en vingt ans – et il en aurait bien besoin, avec cet­te lis­te inter­mi­na­ble dans un cadre minus­cu­le.

Options de l'explorateur de fichier

Un dernier exemple

L’historique de Google Chrome ne res­sem­blent pas aux favo­ris, qui ne res­sem­blent pas du tout à la fenê­tre de télé­char­ge­ment (voir screen­shots). C’est appa­rem­ment tem­po­rai­re, mais pour­quoi une tran­si­tion aus­si désor­don­née vers le Material Design ?

Leçons ergonomiques et techniques d’un projet perso

Il y a quel­ques mois j’ai publié un outil pour cal­cu­ler une addi­tion en ter­me de tickets res­to (le post de l’époque est ici). Je sais, rien ne m’arrête. Voici une mise à jour, avec notam­ment des visuels plus tra­vaillés, ain­si qu’un cla­vier sur mesu­re et tou­jours pré­sent à l’écran. Vous pou­vez le tes­ter direc­te­ment dans le cadre ci-après ou l’ouvrir depuis votre ordi­pho­ne pré­fé­ré.

Pourquoi un thème sombre ?

Parce que c’est repo­sant pour les yeux, sur­tout quand l’arrière-plan est très pré­sent, com­me ici, et que mon télé­pho­ne et son OS (Moto G et Android vanillé) sont déjà som­bres.

Pourquoi un clavier sur mesure ?

Se limi­ter à ce que four­nit l’OS obli­ge à uti­li­ser :

  • sur iOS, un cla­vier pen­sé pour la sai­sie de numé­ros de télé­pho­ne, donc pas top
  • Sur Windows Phone et Android, un cla­vier plus adap­té, sans carac­tè­res inuti­les et avec un sépa­ra­teur déci­mal. Malgré cela je n’aime pas trop leur dis­po­si­tion (voir plus bas).

De plus, le cla­vier natif appa­rait à l’appui sur un champ. C’est bien dans une page com­plexe, mais ici il est plus per­ti­nent d’avoir une mise en page sans scroll, avec les champs fixes et le cla­vier tou­jours pré­sent.

Enfin, pour uti­li­ser le cla­vier numé­ri­que natif, il faut que l’élément <input> soit de type number. Ca pose cer­tai­nes contrain­tes, car l’API a été pen­sée pour un contrô­le de vali­di­té dyna­mi­que mais après coup : c’est seule­ment quand l’utilisateur sort du champ que le champ signa­le l’erreur, par exem­ple s’il a sai­si des let­tres au lieu de chif­fre. Ca rend dif­fi­ci­le le contrô­le a prio­ri que je vou­lais, puisqu’on n’a aucun accès pro­gram­ma­ti­que au tex­te inva­li­de d’un champ (value devient vide). De plus, une valeur du gen­re « 10, » est consi­dé­rée com­me inva­li­de, alors qu’il fau­drait qu’elle cor­res­pon­de à un état « en cours de sai­sie », com­me c’est le cas dans les bon­nes biblio­thè­ques de ges­tion des mas­ques de sai­sie.

Ajoutons qu’en fran­çais le sépa­ra­teur déci­mal cor­rect est la vir­gu­le mais cer­tains navi­ga­teurs (Firefox Mobile) ne le loca­li­sent pas cor­rec­te­ment.

C’est pas une mauvaise pratique de réinventer des comportements natifs ?

Totalement. C’était jus­te­ment ins­truc­tif pour moi de voir le nom­bre de cho­ses qu’il faut réim­plé­men­ter com­me on peut. Le che­mi­ne­ment a res­sem­blé à ça :

  1. Je ne vou­lais pas du cla­vier, alors qu’il appa­rait par défaut, un com­por­te­ment théo­ri­que­ment non modi­fia­ble.
  2. Du coup, on tri­che en fai­sant per­dre le focus à un champ dès qu’il le gagne.
  3. Du coup, il faut en gar­der en mémoi­re quel champ on a sélec­tion­né. Un focus cus­tom, quoi. Il faut éga­le­ment recréer un cur­seur et le pla­cer au bon endroit.
  4. Ah mer­de, il faut cal­cu­ler à la main la posi­tion du cur­seur.
  5. Et bien sûr ça obli­ge de bidouiller pour obte­nir la lar­geur d’un carac­tè­re (l’unité ch aurait été par­fai­te mais Chrome ne la sup­por­te pas). Donc l’outil ne mar­che qu’avec des poli­ces à chas­se fixe (mono­spa­ce).

Je vous pas­se les sub­ti­les dif­fé­ren­ces de com­por­te­ment entre navi­ga­teurs, notam­ment dans la ges­tion des évè­ne­ments focus et click. Bref, le tout mar­che mais n’est pas ultra robus­te ni fran­che­ment réac­tif et le code est sans dou­te enco­re moins pro­pre et modu­lai­re que la der­niè­re fois.

Pourquoi cette disposition de clavier ?

Vu qu’on est dans la sai­sie de mon­naie je me suis rap­pro­ché de la conven­tion des cal­cu­let­tes, avec le 9 en haut à droi­te. En plus, la pro­gres­sion des chif­fres du bas vers le haut suit le mou­ve­ment de la main ou du doigt pro­pre au mobi­le.

Gravir les échelles du design

Petite mission et pied dans la porte

En 2007, Michael Beirut décri­vait com­ment il gra­vis­sait l’échelle des enjeux pour gagner en légi­ti­mi­té :

The client asks you to desi­gn a busi­ness card. You respond that the pro­blem is real­ly the client’s logo. The client asks you to desi­gn a logo. You say the pro­blem is the enti­re iden­ti­ty sys­tem. The client asks you to desi­gn the iden­ti­ty. You say that the pro­blem is the client’s busi­ness plan. And so for­th. One or two steps later, you can claim who­le indus­tries and vast his­to­ri­cal for­ces as your pur­view. The pro­blem isn’t making some­thing look pret­ty, you fool, it’s world hun­ger !

Boy that escalated quickly

Toute la SNCF dans un papelard

Dans ce mille-feuilles d’enjeux, les cou­ches supé­rieu­res struc­tu­rent cel­les du des­sous. Dans les cas extrê­mes, un objet ano­din encap­su­le une bon­ne par­tie de la com­plexi­té de tout l’édifice. Exemple : les 36 don­nées pré­sen­tes sur un billet de la SNCF, com­men­tées ici.

Billet SNCF

Dans le même gen­re, j’ai récem­ment aidé à conce­voir d’un outil per­met­tant aux enca­drants d’une entre­pri­se de sai­sir un nom­bre, lequel était syn­di­ca­le­ment et poli­ti­que­ment sen­si­ble. Potentiellement, l’outil aurait pu se résu­mer à un champ et un bou­ton de vali­da­tion : cha­cun sai­sit le nom­bre pour son péri­mè­tre, qui sera agré­gé en une stat glo­bal – et bas­ta. Dans les faits, tout a été dis­cu­té : quand doit-il être sai­si, avec quel­le régu­la­ri­té, selon quel­le métho­de d’estimation (le cor­pus juri­di­que four­nis­sant seule­ment un cadre géné­ral), com­ment inci­ter les gens à le fai­re sans per­dre en rigueur, etc.

Bref, beau­coup de ques­tions sou­vent inat­ten­dues pour un seul champ, alors qu’on était bien pla­cés auprès de l’échelle des déci­deurs. C’est ce que ten­tent de fai­re beau­coup de gens : s’attaquer à un pro­blè­me par la raci­ne et pas par la peti­te por­te, en ayant d’emblée une posi­tion assez influen­te pour vrai­ment chan­ger les cho­ses. Faire du desi­gn stra­té­gi­que, de la stra­té­gie UX, de la condui­te du chan­ge­ment, etc.

C’est facile à dire

Dans un pro­jet, il est bon d’être res­pon­sa­ble de son niveau, consul­té pour le niveau +1 et au cou­rant du niveau +2. Exemple : vous êtes res­pon­sa­ble des IHM, on vous consul­te sur les choix fonc­tion­nels et on vous tiens au cou­rant du rai­son­ne­ment der­riè­re les orien­ta­tions stra­té­gi­ques. Il peut y avoir des niveaux en des­sous (décli­nai­son des IHM) et au des­sus. Si vous avez besoin de gra­vir un éche­lon pour fai­re du bon tra­vail et que vous y par­ve­nez (par exem­ple lors du pro­jet sui­vant), tant mieux, mais :

  1. C’est plus faci­le à dire qu’à fai­re.
  2. Il est dif­fi­ci­le de sui­vre ou de s’occuper de trop de niveaux en même temps.

Qui es-tu et d’où parles-tu ?

Ces réflexions m’amènent à un arti­cle récent de Donald Norman et Pieter Jan Stappers. Son pro­pos est que si on mon­te très haut dans les éche­lons, on arri­ve au niveau de sys­tè­mes socio-techniques com­plexes, qui posent des défis spé­ci­fi­ques :

  • Inter-dépendance des élé­ments
  • Relations cau­sa­les non-linéaires et non-séquentielles
  • Latences lon­gues et impré­dic­ti­bles
  • Echelles mul­ti­ples
  • Données opé­ra­tion­nel­les chan­gean­tes

Ces thè­mes sont bien connus en théo­rie de la com­plexi­té mais c’est inté­res­sant de les voir convo­qués dans le domai­ne de la concep­tion centrée-utilisateur.

Hélas, l’article man­que de réflexi­vi­té : les auteurs auraient pu se deman­der per­son­nel­le­ment quel­les posi­tions ils ont dans leurs inter­ven­tions. Don fucking Norman n’a pas le même pres­ti­ge quand il débar­que dans un pro­jet que le concep­teur en « desi­gn public » évo­qué ici et sta­giai­re à l’époque, même s’ils tra­vaillent sur des sujets simi­lai­res. Comme on disait dans le temps : « qui es-tu et d’où parles-tu ? » Bref, tout est affai­re de contex­te : à quel sta­de commence-t-on, avec quel­le mis­sion offi­ciel­le, com­man­di­té par qui, et cete­ra et cete­ra.

Cogner à son ordi

Ces temps-ci, j’ai l’occasion d’utiliser un Thinkpad (X230 pour les ama­teurs). Ces ordi­na­teurs por­ta­bles sont dotés d’une peti­te lam­pe en haut de l’écran, pour l’éclairer quand la lumiè­re ambian­te est trop fai­ble. Un rac­cour­ci cla­vier (Fn+Espace) per­met de l’éteindre et de l’allumer ins­tan­ta­né­ment.

Très natu­rel­le­ment je me suis dit : «  hey avec ça on peut com­mu­ni­quer en mor­se  ». Je n’ai pas été le pre­mier à y pen­ser : voi­ci un outil qui conver­tit du tex­te en mor­se et l’envoie direc­te­ment à la lam­pe, et le témoi­gna­ge de quelqu’un dont la lam­pe envoie S.O.S en bou­cle et qui n’arrive pas à l’arrêter.

En fai­sant mes recher­ches, je suis tom­bé sur un hack assez dif­fé­rent mais enco­re plus jouis­sif : uti­li­ser l’accéléromètre d’un ordi por­ta­ble pour détec­ter quand on toque des­sus. Certains ordi­na­teurs ont un cap­teur de ce gen­re pour détec­ter une chu­te et désac­ti­ver le dis­que dur, mais on peut en tirer par­ti pour jouer, enre­gis­trer les séis­mes ou détec­ter des coups. On peut ain­si sor­tir son ordi­na­teur de veille avec un ryth­me de coups qu’on aura défi­ni.

knockToUnlock

L’idée du secret kno­ck a été repri­se par des apps de déver­rouilla­ge de por­te. Plus lar­ge­ment, on peut taper pour allu­mer l’écran de son smart­pho­ne LG, pour déver­rouiller son ordi­na­teur depuis son télé­pho­ne (en pho­to), etc.

J’aime le fait qu’on uti­li­se un sen­seur inter­ne, conçu pour détec­ter les mou­ve­ments pro­pres de l’appareil, pour un usa­ge exter­ne. J’aime aus­si le fait que l’ordinateur devient entiè­re­ment un bou­ton : on peut appuyer des­sus n’importe où.

J’aime enfin l’idée de détour­ner les com­po­sants de banals ordi­na­teurs pour en fai­re des inter­fa­ces tan­gi­bles dignes du MIT Media Lab. Il y a cer­tai­ne­ment plein d’usages mar­rants et de cho­ré­gra­phies com­plexes à ima­gi­ner, à par­tir d’un bête toc-toc et d’une sim­ple lam­pe. Jeu musi­cal ? Discussions dis­crè­tes en sal­le de clas­se ? Détecter l’humeur des gens sui­vant les chocs que reçoit l’appareil ?

Et puis ça me per­met de citer le roman Cryptonomicon, et une scè­ne de dénoue­ment où le héros, pri­son­nier et convain­cu que sa cel­lu­le et son ordi­na­teur sont pleins de mou­chards, pas­se des infor­ma­tions vita­les en code mor­se via le voyant CAPS LOCK de son ordi­na­teur :

How does Randy know that the­re is a site cal­led Golgotha, and how does he know its real coor­di­na­tes ? His com­pu­ter told him using Morse code. Computer key­boards have LEDs on them that are essen­tial­ly kind of use­less : one to tell you when NUM LOCK is on, one for CAPS LOCK, and a third one who­se pur­po­se Randy can’t even remem­ber. And for no rea­son other than the gene­ral belief that eve­ry aspect of a com­pu­ter should be under the control of hackers, someo­ne, somew­he­re, wro­te some libra­ry rou­ti­nes cal­led XLEDS that make it pos­si­ble for pro­gram­mers to turn the­se things on and off at will. And for a mon­th, Randy’s been wri­ting a lit­tle pro­gram that makes use of the­se rou­ti­nes to out­put the contents of a text file in Morse code, by fla­shing one of tho­se LEDs. And whi­le all kinds of use­less crap has been scrol­ling across the screen of his com­pu­ter as camou­fla­ge, Randy’s been hun­ched over gazing into the sub­li­mi­nal chan­nel of that blin­king LED, rea­ding the contents of the decryp­ted Arethusa inter­cepts. One of whi­ch says : THE PRIMARY IS CODE NAMED GOLGOTHA. COORDINATES OF THE MAIN DRIFT ARE AS FOLLOWS : LATITUDE NORTH (etc.)

Mille et une manieres de saisir des nombres

En sché­ma­ti­sant, on peut dis­tin­guer deux maniè­res de sai­sir des nom­bres : avec une « échel­le » et avec un cla­vier.

Échelles

Dans le pre­mier cas, on choi­sit une bon­ne valeur sur une échel­le conti­nue, avec un cur­seur ou un sty­let. L’échelle peut être linéai­re (com­me sur l’Arithmomètre) ou cir­cu­lai­re (com­me sur la Pascaline ou un télé­pho­ne à cadran). L’échelle est par­fois impli­ci­te, com­me sur la Curta où seule la valeur sélec­tion­née est affi­chée.

Pascaline
Pascaline
Curta
Curta

L’Arithmomètre fut très popu­lai­re jusqu’à la moi­tié du XXe siè­cle, que ce soit l’appareil d’origine inven­té par Tomas de Colmar ou la varian­te de Odhner, dotée d’un nou­veau méca­nis­me. Notez que son usa­ge était assez fas­ti­dieux : il fal­lait remet­tre le total à zéro, sai­sir un nom­bre puis le vali­der par un grand tour de mani­vel­le (voir la vidéo plus bas).

L’Addiator est un peu dif­fé­rent. Dans cet­te cal­cu­la­tri­ce de poche ven­due à par­tir de 1920 (et impres­sion­nan­te de com­pa­ci­té pour l’époque), un sty­let inté­gré per­met de pous­ser une enco­che cor­res­pon­dant à un chif­fre jusqu’à une butée. Quand le cal­cul impli­que une rete­nue, il faut pous­ser l’encoche jusqu’à la fai­re chan­ger de colon­ne.

Claviers

Un cla­vier peut être un pavé de dix chif­fres, ou bien une grille de nom­bres à sai­sir direc­te­ment.

Les pavés à dix chif­fres sont le plus sou­vent dis­po­sés en trois colon­nes, com­me sur cer­tai­nes cal­cu­let­tes (inven­té par David Sunstrand, 1911) ou sur les télé­pho­nes depuis les tra­vaux de Chapanis aux labo­ra­toi­res Bell. Pour les cal­cu­let­tes, on ne trou­ve his­to­ri­que­ment pas de rai­son­ne­ment par­ti­cu­lier pour avoir orga­ni­sé les chif­fres du bas vers le haut (sour­ce), alors que l’ordre des chif­fres sur un télé­pho­ne, du haut vers le bas, a été minu­tieu­se­ment étu­dié. Voici par exem­ple 17 alter­na­ti­ves qui on été tes­tées et lais­sées de coté :

bell

Ils peu­vent être dis­po­sés sur deux lignes, com­me sur cer­tains cla­viers « sécu­ri­sés » de sites ban­cai­res ou com­me le pre­mier cla­vier de cal­cu­let­te à dix chif­fres com­mer­cia­li­sé.

ing direct
ING direct

On appel­le sou­vent le second type de cla­vier un Comptomètre. Il est inté­res­sant car pen­sé pour l’usage par­ti­cu­lier des cais­siers ou des com­mis de bureau devant addi­tion­ner des séries de valeurs. Les nom­bres sont dis­po­sés en colon­ne, avec depuis la droi­te les uni­tés, dizai­nes, cen­tai­nes, etc. Si on en res­te à l’addition, ces appa­reils sont très effi­ca­ces : il suf­fit d’appuyer direc­te­ment sur les nom­bres vou­lus, sans vali­da­tion, et l’addition est affi­chée pro­gres­si­ve­ment en bas. Il n’y pas de bou­tons pour les dif­fé­rents opé­ra­tions ni pour le =. Il n’y a pas non plus besoin de zéro : 200 cor­res­pond au 2 sur la troi­siè­me colon­ne. Comme on le voit sur la pho­to, seule l’unité est affi­chée sur cha­que tou­che. Le chif­fre en petit sur la gau­che est le com­plé­ment du chif­fre prin­ci­pal et sert aux sous­trac­tions selon une métho­de assez savan­te.

Un comptomètre de marque Sumlock
Un comp­to­mè­tre de mar­que Sumlock

Ces appa­reils ont don­né lieu à des consi­dé­ra­tions ergo­no­mi­ques tout à fait moder­nes :

  • Usages inat­ten­dus : les uti­li­sa­teurs experts n’utilisaient guè­re les nom­bres en haut des colon­nes, puisqu’il était plus faci­le de taper deux fois 4 plu­tôt que mon­ter la main jusqu’au 8.
  • Soucis de clar­té : les colon­nes étaient colo­riées dif­fé­rem­ment et deux revê­te­ments dif­fé­rents étaient uti­li­sés sur les tou­ches, en alter­nan­ce sur cha­que ligne.
  • Conception holis­ti­que : pour évi­ter de trop lever le bras, des bureaux spé­ciaux étaient uti­li­sés avec un encas­tre­ment pour abais­ser la machi­ne.

Pour aller plus loin

Des sites his­to­ri­ques spé­cia­li­sés :

Six métaphores plus modestes qu’il n’y parait pour le rôle du designer

Le desi­gner com­me hôte – Charles Eames, 1972.

Le desi­gner com­me tra­duc­teur, per­for­meur ou réa­li­sa­teur — Mickael Rock, 1996.

Le desi­gner com­me dra­ma­tur­ge – Brenda Laurel, 1991.

Le desi­gner com­me ven­tri­lo­quis­te – Hutchins, 1987 (aler­te mau­vais PDF) :

The meta­phor of user and com­pu­ter enga­ged in a conver­sa­tion with each other or car­rying on a dia­lo­gue about the task at hand is the most popu­lar of the mode of inter­ac­tion meta­phors for human com­pu­ter inter­fa­ces.

Voir aus­si :

Vous n’avez pas le mono­po­le du desi­gn.

Le Tao du desi­gn web (2000).