Protocoles, normes, infrastructures : la main invisible de Google

Plusieurs jour­na­listes ont raconté leurs périples pour se passer des géants améri­cains du numé­rique (chez Motherboard, chez Gizmodo). Conclusion : c’est compliqué, tant ils sont omni­pré­sents. Par exemple, Amazon (via AWS) c’est un tiers de l’in­fo­nua­gique.

Je vais décrire quelque chose d’à la fois simi­laire et diffé­rent :

  • D’abord, comment on peut passer la journée sans quitter l’uni­vers Google – avec des degrés de proba­bi­lité variable suivant les étapes : les produc­tions Youtube n’ont pas la même prégnance que Youtube lui-même.
  • Ensuite, comment cet univers n’est pas seule­ment constitué des offres qu’il propose et des filiales qu’il possède, mais aussi des langages, normes, et proto­coles invi­sibles sur lesquelles il a un large contrôle.
Chromebook

1. J’ouvre mon ordi­na­teur Google.

Logo OS Fuschia

2. Bientôt, j’allumerai un système d’exploitation inté­gra­le­ment créé par Google.

Logo language Dart

3. Je lance une appli­ca­tion de mail codée dans un langage créé par Google.

Logo AMP pour Email

4. J’ouvre un message affiché dans un sous‐langage contrôlé par Google.

Logo format d'image Webp

5. Je clique sur une image, qui est dans un format contrôlé par Google.

Logo protocole QUIC

6. Pour ouvrir la page, une requête est envoyée dans un proto­cole contrôlé par Google.

Logo Google DNS

7. L’URL de la page est traduite en IP avec un annuaire contrôlé par Google.

Carte du cable sous-marin FASTER

8. Les donnée sont trans­mises par un cable sous-marin en partie contrôlé par Google.

9. L’intégrité de la page est garantie par un certi­ficat de sécu­rité racine délivré par Google.

Logo Google Cloud Platform

10. La page est hébergée chez Google.

Logo Youtube Red

11. J’arrive sur une plate­forme de vidéo et regarde une série produite par Google.

Logo Widevine

12. Je ne peux pas télé­charger la vidéo à cause d’un DRM géré par Google.

galerie de matériel Google

13. Mon assis­tant Google Home m’en­voie une alerte d’une caméra Google connectée à une borne wifi Google.

Mascotte Android en cag

14. Pour en savoir plus, j’ouvre mon télé­phone Google et son système d’ex­ploi­ta­tion contrôlé par Google.

Et cetera et cetera. Je n’ai pas inclus l’offre d’accès à Internet Google Fiber puis­qu’elle est en pause.

Détails sur la condamnation de Samsung

Avertissement habi­tuel : je ne suis pas juriste.

Un point que j’ai mis du temps à comprendre dans le procès gagné récem­ment par Apple (voir aussi), c’est que les plaintes contre Samsung étaient de trois types :

  • Une plainte pour avoir dilué la marque d’Apple. Cela renvoie à la notion de trade dress, qui signifie que les indi­vidus asso­cient l’apparence d’un produit à une marque et qu’en vendant des objets trop simi­laires, on s’approprie injus­te­ment sa noto­riété. De la même manière que Coca-Cola est une marque déposée, la forme de ses bouteilles est protégée.
  • Des plaintes pour viola­tion de brevet sur l’apparence d’un objet (design patents), sa partie pure­ment orne­men­tale :
    • Deux plaintes (1 et 2) pour un brevet sur l’apparence d’un appa­reil mobile (coins arrondis, bouton prin­cipal, la façade couverte entiè­re­ment par une vitre…)
    • une plainte pour un brevet décri­vant une inter­face graphique qui comporte une grille d’icônes et un dock.