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Sur quelques anicroches avec les applications universelles de Windows 10

illus écosystème apps

La double erreur de Windows 8, c’était de vouloir forcer un para­digme tactile sur un OS clas­sique et en plus de le faire coha­biter avec une inter­face de type desktop. Cela entrai­nait des trucs aber­rants comme les appli­ca­tions « Metro » ouvertes et pour­tant absentes de la barre des tâches du bureau.

Avec Windows 10, la stra­tégie de Microsoft parait plus maligne et peut se résumer ainsi : mes données perso synchro­ni­sées partout, sur des applis trans-plateforme (télé­phone, ordi, Xbox…) mais dotées d’une UI s’adap­tant au contexte (taille de l’écran, souris ou tactile…).

Parenthèse : ils pour­suivent ainsi un travail assez nova­teur en matière de respon­sive design – j’en a parlé ici.

Prenez OneNote : non seule­ment les boutons du ruban deviennent plus compacts quand on réduit la largeur de l’écran, mais c’est même l’organisation de l’app qui change, puisque la liste des notes est relé­guée dans une vue dédiée et un bouton retour appa­rait pour y accéder.

Le problème, c’est que le travail d’adap­ta­tion a été minime pour beau­coup des nouvelles appli­ca­tions natives. Par exemple, dans une fenêtre étroite Groove Music marche très bien – normal, elle est très proche de sa contre­partie sur Windows 10 Mobile. Mais redi­men­sionner la fenêtre ne tire pas du tout partie de la taille d’écran. Le contenu est découpé en plein de vues étri­quées : pour se faire une idée globale de ce que j’ai d’un artiste en local, je dois ouvrir sa fiche, puis cliquer sur un album ou sur « Vue Morceaux ». N’importe quel lecteur de musique digne de ce nom montre deux niveaux à la fois : des artistes et leurs albums respec­tifs, ou les albums d’un artiste avec ses chan­sons. iTunes montre même les trois niveaux : artistes, albums et chan­sons.

iTunes Artist View

Plus géné­ra­le­ment, j’ai relevé trois problèmes presque systé­ma­tiques dans ces nouvelles appli­ca­tions.

Premier problème : ☰

L’utilisation du bouton « hamburger » sur mobile est discu­table mais compré­hen­sible. Sur desktop ça l’est moins, surtout quand c’est de manière non-conventionnelle. Dans les « grosses » appli­ca­tions, il sert d’in­ter­rup­teur pour masquer/afficher les libellés du menu. Dans les appli­ca­tions légères, il fait appa­raitre ces libellés tempo­rai­re­ment (comme un « flyover » ou « popover »). Comme on le voit dans cette anima­tion, ce n’est pas d’une utilité renver­sante eu égard à sa posi­tion préémi­nente.

Oui, c’est bien le Menu démarrer, même lui y a droit. Un menu de navi­ga­tion avec son propre bouton de navi­ga­tion, merci Microsoft. L’icône habi­tuel­le­ment la plus struc­tu­rante d’une app est trans­formée en simple post-it, puisque cliquer dessus sert juste à rappeler la signi­fi­ca­tion des icônes. Si celle-ci posait vrai­ment problème il y avait d’autres solu­tions, comme affi­cher tous les titres de menu lors d’un survol prolongé. Courrier est le seul cas où ce hamburger est justifié puis­qu’il présente de vraies diffé­rences de contenu entre modes compact et complet.

Deuxième problème : …

La barre de commandes comprend une icône en points de suspen­sion. C’est encore un décalque du mobile, qui trans­gresse au passage des conven­tions desktop, sans gain évident. Elle ouvre des commandes supplé­men­taires et fait appa­raitre le nom de toutes les cônes.

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Elle présente quatre problèmes :

  1. Ces libellés remplacent l’in­fo­bulle au survol, alors que c’est une conven­tion ancienne et répandue.
  2. Ces libellés ne sont pas omni­pré­sents : certaines appli­ca­tions ont les points de suspen­sion mais affichent le libellé en perma­nence à côté (Photos, Alarme), ou utilisent une info­bulle (Edge).
  3. Il n’y a parfois qu’une seule entrée dans le menu (Cf. les apps Téléphone et Messages)
  4. Il n’y a parfois aucun menu et cliquer dessus affiche juste les libellés. Le plus ridi­cule est qu’il n’y a parfois qu’une seule icone et donc qu’un seul libellé à affi­cher.

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Si c’était un bonus, le compor­te­ment ne serait pas une mauvaise idée puisqu’il enseigne en passant aux utili­sa­teurs la signi­fi­ca­tion des picto­grammes. Mais remplacer une conven­tion archi-classique par un compor­te­ment plus lourd n’est pas très une bonne idée.

Problème annexe : cette barre de commandes est le plus souvent en haut, mais pas toujours. Exemple : l’Enregistreur vocal.

Troisième problème : ⇐

Terminons par le bouton retour : il appa­rait à gauche du titre, à la place de la tradi­tion­nelle icône de l’ap­pli­ca­tion. Pourquoi pas, ça s’inscrit dans la tendance de remplir la barre de titre ou de la fusionner avec d’autres. Mais c’est gênant en pratique et en théorie.

C’est gênant en pratique car l’im­plé­men­ta­tion est mal fichue. L’historique de navi­ga­tion est à la fois lacu­naire (dans les para­mètres système le Retour passe d’une vue avancée à l’ac­cueil en sautant une vue inter­mé­diaire) et pollué par des étapes inutiles. Par exemple le chan­ge­ment de rubrique est enre­gistré. Si vous ouvrez vingt fois les rubriques A puis B puis A B… de la barre de navi­ga­tion verti­cale puis cliquez vingt fois sur le bouton retour, vous rouvrirez vingt fois ces rubriques. Autre exemple : lors d’une recherche dans la Boutique, chaque chan­ge­ment de filtre ajoute une étape à l’his­to­rique alors que dans ce contexte le retour devrait seule­ment être hiérar­chique.

À noter que ces deux exemples violent les direc­tives de concep­tion de Microsoft. Pas bien.

Plus fonda­men­ta­le­ment, ce bouton retour est gênant dans son prin­cipe. Dans un envi­ron­ne­ment contraint (le mobile) ou hété­ro­gène (navi­ga­teur, avec des sites tous diffé­rents), avoir une fonc­tion centra­lisée pour balayer le moindre état passé de l’UI a un sens, car ça donne une ligne de survie à l’utilisateur. À tout instant je peux revenir exac­te­ment où j’étais, même en ayant oublié comment j’y suis arrivé. Tout ce que j’ai à connaître, c’est le bouton retour. Alors qu’un OS de bureau fournit à l’écran plus de capa­cités de navi­ga­tion et peut donc se passer d’une telle panacée.

Contrairement aux problèmes précé­dents, cette fonc­tion est moins une erreur basique qu’une réponse inadaptée à une ques­tion compli­quée. J’aurais simple­ment préféré que Microsoft ajoute ce bouton au cas par cas, quand c’était vrai­ment néces­saire : Word et Courrier n’en ont pas, Groove Music n’au­rait pas dû en avoir, mais le Store en a un et c’est justifié vu la profon­deur de son arbo­res­cence. Voici comment Apple ajoute un bouton retour global à certaines appli­ca­tions (Photos, Mac App Store).

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