Monthly Archives: août 2012

Détails sur la condamnation de Samsung

Avertissement habi­tuel : je ne suis pas juriste.

Un point que j’ai mis du temps à comprendre dans le procès gagné récem­ment par Apple (voir aussi), c’est que les plaintes contre Samsung étaient de trois types :

  • Une plainte pour avoir dilué la marque d’Apple. Cela renvoie à la notion de trade dress, qui signifie que les indi­vidus asso­cient l’apparence d’un produit à une marque et qu’en vendant des objets trop simi­laires, on s’approprie injus­te­ment sa noto­riété. De la même manière que Coca-Cola est une marque déposée, la forme de ses bouteilles est protégée.
  • Des plaintes pour viola­tion de brevet sur l’apparence d’un objet (design patents), sa partie pure­ment orne­men­tale :
    • Deux plaintes (1 et 2) pour un brevet sur l’apparence d’un appa­reil mobile (coins arrondis, bouton prin­cipal, la façade couverte entiè­re­ment par une vitre…)
    • une plainte pour un brevet décri­vant une inter­face graphique qui comporte une grille d’icônes et un dock.

Pourquoi dessine-t-on les dégradés dans ce sens ?

Lorsqu’on fait le visuel d’une inter­face, on a coutume de dessiner un dégradé comme si la lumière venait du haut. La raison est assez évidente : cela nous parait plus naturel, puisque le soleil éclaire typi­que­ment le monde par le haut. Là où ça devient fasci­nant, c’est à quel point ce phéno­mène est profon­dé­ment imprimé dans notre esprit. Le système visuel se sert énor­mé­ment des ombres pour construire une repré­sen­ta­tion du monde qui l’entoure. Au lieu d’estimer en perma­nence l’orientation de toutes les sources lumi­neuses d’une scène, il fait quelques raccourcis. D’abord, il suppose qu’il n’y a qu’une seule source de lumière (réfé­rence). Ensuite, il fait comme si elle venait toujours du haut.

Une expé­rience très simple permet de le montrer : si on prend des formes avec des fron­tières nettes, on a l’impression que celles qui sont plus claires dans la partie supé­rieures sont convexes, alors que les autres sont concaves. Notez à quel point on distingue faci­le­ment les deux types, mêmes lorsqu’ils sont mélangés. De plus, le phéno­mène se produit même on met la tête à l’envers. Le fait que ce soit aussi saillant visuel­le­ment et que cela ne soit pas corrigé par l’orientation de la tête (alors que l’équi­libre est lui aussi un truc assez fonda­mental) suggèrent que c’est un prin­cipe assez primitif de la percep­tion animale.

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Ramachandran est à l’origine des travaux autour de ce phéno­mène. L’image est tirée de cet article, dont je recom­mande la lecture.

Mac OS et le souci du détail : bof

Loin de moi le désir de lancer un débat du type “depuis la mort de Jobs, Apple c’est plus ce que c’était” ou “Mac OS est le pire des systèmes d’exploitation à l’exception de tous les autres”, mais je constate que les préfé­rences système de Mac OS souffrent de quelques problèmes de fini­tion. Certains datent de Mountain Lion, d’autres sont plus anciens. Ce sont des détails, mais venant d’un éditeur de logi­ciels qui a fait sa répu­ta­tion sur son soin pour la fini­tion et son souci de cohé­rence, ça la fout mal.

Voyons d’abord le panneau général :

Panneau des préférences générales
Panneau des préfé­rences géné­rales

D’abord, le libellé en (1) est foutu n’importe comment : il n’est pas centré sur le premier bouton radio, il dépasse vers le haut et du coup il est trop proche de la section supé­rieure. Ensuite la section en (2) a deux aligne­ments diffé­rents, qui ne corres­pondent à rien d’autre dans la fenêtre. Résultat : ça fait fouillis. Enfin, le prin­cipe des panneau de préfé­rences dans Mac OS est de se redi­men­sionner auto­ma­ti­que­ment selon la quan­tité de choses à affi­cher. Ici, une fenêtre un peu plus grande n’aurait pas été pas été du luxe.

Dans le même esprit, on peut voir que dans les diffé­rents onglets du panneau du trackpad, le contenu se déplace légè­re­ment au lieu de redi­men­sionner la fenêtre. Voir ce Gif.

Notez égale­ment le manque de struc­ture des boutons dans le panneau Sécurité :

Panneau des préférences de sécurité
Panneau des préfé­rences de sécu­rité

Enfin, admirez comme la troi­sième case à cocher dépasse d’un poil vers la gauche dans le panneau Utilisateurs :

Je suis peut-être maniaque, mais à Cupertino on est censé être encore plus maniaque. A noter que ce n’est pas une liste exhaus­tive et que je me suis concentré sur les points les plus incon­tes­tables. On pour­rait aussi parler de la nomen­cla­ture inco­hé­rente (entre un libellé et d’un menu dérou­lant, il y a parfois un double point, parfois non), des menus dérou­lants à deux items, des options pour le trackpad mal fichues…

MAJ : On me signale qu’il y a moins de problèmes dans la version anglaise. Voir ici et ici par exemple. C’est donc large­ment une ques­tion de loca­li­sa­tion et de rigi­dité du layout des fenêtres.

Les liens de la semaine #4

  • Pour la sortie de la nouvelle version de Mac OS X, John Siracusa et Ars Technica perpé­tuent leur tradi­tion de recen­sion exhaus­tive. La réfé­rence sur le sujet.
  • Jonah Lehrer démis­sionne du New Yorker, beau­coup à cause de cet article. Vu le manque de prudence dont il fait habi­tuel­le­ment preuve dans ses textes, ainsi que sa propen­sion à tout voir sous l’angle de la théorie qu’il veut faire passer, je ne le regret­terai pas. Vive la vulga­ri­sa­tion scien­ti­fique, mais un seul Malcolm Gladwell suffit. Voici deux articles pas tendres avec Lehrer : [1], [2].
  • Peter Norvig (chef de la R&D à Google, co-auteur d’un manuel clas­sique en IA) s’en prend à Noam Chomsky (le type qui a tué le compor­te­men­ta­lisme de la main gauche, pendant que la main droite systé­ma­ti­sait les gram­maires formelles et que la tête mangeait de la pastèque). Le débat, initié par cet article de Norvig, oppose deux approches en intel­li­gence arti­fi­cielle : une approche statis­tique où l’on construit des modèles bourrés de données pour prédire tel phéno­mène, versus une approche plus théo­rique où l’on cherche un système unique qui explique vrai­ment une grande classe d’objets. Pour cari­ca­turer, Chomsky a un esprit de scien­ti­fique et Norvig un esprit d’ingénieur. Cet article résume et contex­tua­lise un peu l’opposition. Cela pose d’intéressantes ques­tions sur les programmes de recherche actuels en IA et c’est aussi du pain béni pour les philo­sophes des sciences. Et puis ça nous change des débats entre IA forte et faible.