Cogner à son ordi

Ces temps-ci, j’ai l’occasion d’utiliser un Thinkpad (X230 pour les ama­teurs). Ces ordi­na­teurs por­tables sont dotés d’une petite lampe en haut de l’écran, pour l’éclairer quand la lumière ambiante est trop faible. Un rac­cour­ci cla­vier (Fn+Espace) per­met de l’éteindre et de l’allumer ins­tan­ta­né­ment.

Très natu­rel­le­ment je me suis dit : «  hey avec ça on peut com­mu­ni­quer en morse  ». Je n’ai pas été le pre­mier à y pen­ser : voi­ci un outil qui conver­tit du texte en morse et l’envoie direc­te­ment à la lampe, et le témoi­gnage de quelqu’un dont la lampe envoie S.O.S en boucle et qui n’arrive pas à l’arrêter.

En fai­sant mes recherches, je suis tom­bé sur un hack assez dif­fé­rent mais encore plus jouis­sif : uti­li­ser l’accéléromètre d’un ordi por­table pour détec­ter quand on toque des­sus. Certains ordi­na­teurs ont un cap­teur de ce genre pour détec­ter une chute et désac­ti­ver le disque dur, mais on peut en tirer par­ti pour jouer, enre­gis­trer les séismes ou détec­ter des coups. On peut ain­si sor­tir son ordi­na­teur de veille avec un rythme de coups qu’on aura défi­ni.

knockToUnlock

L’idée du secret knock a été reprise par des apps de déver­rouillage de porte. Plus lar­ge­ment, on peut taper pour allu­mer l’écran de son smart­phone LG, pour déver­rouiller son ordi­na­teur depuis son télé­phone (en pho­to), etc.

J’aime le fait qu’on uti­lise un sen­seur interne, conçu pour détec­ter les mou­ve­ments propres de l’appareil, pour un usage externe. J’aime aus­si le fait que l’ordinateur devient entiè­re­ment un bou­ton : on peut appuyer des­sus n’importe où.

J’aime enfin l’idée de détour­ner les com­po­sants de banals ordi­na­teurs pour en faire des inter­faces tan­gibles dignes du MIT Media Lab. Il y a cer­tai­ne­ment plein d’usages mar­rants et de cho­ré­gra­phies com­plexes à ima­gi­ner, à par­tir d’un bête toc-toc et d’une simple lampe. Jeu musi­cal ? Discussions dis­crètes en salle de classe ? Détecter l’humeur des gens sui­vant les chocs que reçoit l’appareil ?

Et puis ça me per­met de citer le roman Cryptonomicon, et une scène de dénoue­ment où le héros, pri­son­nier et convain­cu que sa cel­lule et son ordi­na­teur sont pleins de mou­chards, passe des infor­ma­tions vitales en code morse via le voyant CAPS LOCK de son ordi­na­teur :

How does Randy know that there is a site cal­led Golgotha, and how does he know its real coor­di­nates ? His com­pu­ter told him using Morse code. Computer key­boards have LEDs on them that are essen­tial­ly kind of use­less : one to tell you when NUM LOCK is on, one for CAPS LOCK, and a third one whose pur­pose Randy can’t even remem­ber. And for no rea­son other than the gene­ral belief that eve­ry aspect of a com­pu­ter should be under the control of hackers, someone, somew­here, wrote some libra­ry rou­tines cal­led XLEDS that make it pos­sible for pro­gram­mers to turn these things on and off at will. And for a month, Randy’s been wri­ting a lit­tle pro­gram that makes use of these rou­tines to out­put the contents of a text file in Morse code, by fla­shing one of those LEDs. And while all kinds of use­less crap has been scrol­ling across the screen of his com­pu­ter as camou­flage, Randy’s been hun­ched over gazing into the sub­li­mi­nal chan­nel of that blin­king LED, rea­ding the contents of the decryp­ted Arethusa inter­cepts. One of which says : THE PRIMARY IS CODE NAMED GOLGOTHA. COORDINATES OF THE MAIN DRIFT ARE AS FOLLOWS : LATITUDE NORTH (etc.)