La recherche en UX : modèles et méthodes d’évaluation

On entend par desi­gn en expé­rience uti­li­sa­teur toute approche qui va au-delà des qua­li­tés ins­tru­men­tales et prag­ma­tiques d’un ser­vice pour adop­ter un point de vue plus holis­tique. Mais « holis­tique », c’est poten­tiel­le­ment très fourre-tout. Pour y voir un peu plus clair, je conseille les dia­po­si­tives de cette confé­rence. Carine Lallemand pré­sente un modèle en vogue ain­si que plu­sieurs modèles d’évaluation. Voici ce que j’ai reti­ré de cette pré­sen­ta­tion, sous forme un peu brouillonne.

Le modèle de Hassenzahl

Pour modé­li­ser l’expérience uti­li­sa­teur, il faut com­men­cer par faire une typo­lo­gie des qua­li­tés que l’on per­çoit d’un sys­tème et qui expliquent l’attrait que l’on peut y trou­ver. Ces qua­li­tés sont divi­sées en une dimen­sion prag­ma­tique et une dimen­sion hédo­nique. Selon les situa­tions, les deux dimen­sions peuvent être dis­jointes, par­tiel­le­ment confon­dues, subor­don­nées l’une à l’autre, etc. Le modèle ne s’engage pas sur cet aspect. La dimen­sion hédo­nique peut paraitre vague, mais Hassenzahl pré­cise qu’elle se décom­pose en besoin de sti­mu­la­tion (goût pour la nou­veau­té), d’évocation (sym­bo­lisme, jeu de la mémoire) et iden­ti­fi­ca­tion (par­ta­ger son iden­ti­té, s’identifier aux autres).

A noter qu’il existe de nom­breuses listes de ce type. Par exemple, plu­sieurs des sept « besoins psy­cho­lo­giques » cités par Carine Lallemand ne sont pas sans évo­quer les trois cri­tères plus haut. En 2004 déjà, Peter Morville pro­po­sait son dia­gramme en nid d’abeille, selon un angle cette fois assez dif­fé­rent.

De cette sépa­ra­tion en deux dimen­sions découlent des usages dif­fé­rents : En mode hédo­nique, l’utilisation est un plai­sir en soi et les objec­tifs impro­vi­sés, contrai­re­ment au mode prag­ma­tique, moins ouvert, où les tâches sont plus déli­bé­rées et déli­mi­tées tem­po­rel­le­ment. Cela peut orien­ter la concep­tion : on n’utilise pas un sys­tème de la même manière selon qu’on soit en situa­tion de loi­sir ou de tra­vail.

Un der­nier aspect inté­res­sant est l’insistance sur la dimen­sion tem­po­relle : une expé­rience n’est pas façon­née seule­ment pen­dant l’interaction avec un sys­tème. D’une part, elle est construite par anti­ci­pa­tion et rétros­pec­tion, d’autre part le résul­tat n’est pas d’un bloc. Différentes méthodes en étu­die­ront dif­fé­rentes tranches, nom­mé­ment l’UX anti­ci­pée, momen­ta­née, épi­so­dique et cumu­la­tive.

Évaluation

Je vous laisse aller voir la par­tie sur l’évaluation, qui rap­pelle des bases (types, appli­ca­bi­li­té, impor­tance des tests nor­ma­li­sés) et pré­sentent l’originalité de ces méthodes par rap­port aux éva­lua­tions clas­siques de l’utilisabilité. Le ques­tion­naire Attratkdiff, tou­jours de Hassenzahl, me parait le plus pro­met­teur et donne des résul­tats de ce genre :

Résultats de deux services A et B sur les axes pragmatiques et hédoniques. La taille des carrés représente l’intervalle de confiance
Résultats de deux ser­vices A et B sur les axes prag­ma­tiques et hédo­niques. La taille des car­rés repré­sente l’intervalle de confiance

Autres ressources

Pour des intro­duc­tions très géné­rales et un brin aca­dé­miques, vous pou­vez allez lire l’article de Scapin et alia, « User Experience : Buzzword or New Paradigm ? » (PDF ici), ain­si que ce bref livre blanc. Le pre­mier donne un recul his­to­rique bien­ve­nu et consti­tue un bon pano­ra­ma de l’état de l’art. Le second dis­tingue notam­ment entre l’UX comme phé­no­mène, champs d’étude et pra­tique.

Si vous vou­lez appro­fon­dir les tra­vaux de Hassenzahl, vous pou­vez com­men­cer par cet article (page 10).

Pour l’évaluation, la page Wikipedia est bien faite. Il y a aus­si cet ouvrage sur les approches quan­ti­ta­tives.

Pourquoi dessine-t-on les dégradés dans ce sens ?

Lorsqu’on fait le visuel d’une inter­face, on a cou­tume de des­si­ner un dégra­dé comme si la lumière venait du haut. La rai­son est assez évi­dente : cela nous parait plus natu­rel, puisque le soleil éclaire typi­que­ment le monde par le haut. Là où ça devient fas­ci­nant, c’est à quel point ce phé­no­mène est pro­fon­dé­ment impri­mé dans notre esprit. Le sys­tème visuel se sert énor­mé­ment des ombres pour construire une repré­sen­ta­tion du monde qui l’entoure. Au lieu d’estimer en per­ma­nence l’orientation de toutes les sources lumi­neuses d’une scène, il fait quelques rac­cour­cis. D’abord, il sup­pose qu’il n’y a qu’une seule source de lumière (réfé­rence). Ensuite, il fait comme si elle venait tou­jours du haut.

Une expé­rience très simple per­met de le mon­trer : si on prend des formes avec des fron­tières nettes, on a l’impression que celles qui sont plus claires dans la par­tie supé­rieures sont convexes, alors que les autres sont concaves. Notez à quel point on dis­tingue faci­le­ment les deux types, mêmes lorsqu’ils sont mélan­gés. De plus, le phé­no­mène se pro­duit même on met la tête à l’envers. Le fait que ce soit aus­si saillant visuel­le­ment et que cela ne soit pas cor­ri­gé par l’orientation de la tête (alors que l’équi­libre est lui aus­si un truc assez fon­da­men­tal) sug­gèrent que c’est un prin­cipe assez pri­mi­tif de la per­cep­tion ani­male.

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Ramachandran est à l’origine des tra­vaux autour de ce phé­no­mène. L’image est tirée de cet article, dont je recom­mande la lec­ture.